15 août 2019
Canalisation sous l’autoroute 20
Une réalisation de la Ville vers 1972, raconte l’ex-maire Girard
Par: Benoît Lapierre

Photo François Larivière | Le Courrier ©

Rosaire Martin, ancien maire de Saint-Hyacinthe-Le-Confesseur, et Grégoire Girard, ancien maire de Saint-Hyacinthe, discutant des travaux de canalisation réalisés par la Ville en travers de l’autoroute 20 il y a longtemps et qui sont redevenus d’actualité. Photo François Larivière | Le Courrier ©

La facture de 4 M$ expédiée à la Ville de Saint-Hyacinthe par le ministère des Transports du Québec (MTQ) à la suite de son intervention d’urgence sur une canalisation de l’autoroute 20 (A-20) au printemps 2019 ramène à la surface un projet d’infrastructure de grande ampleur réalisé par la Ville il y a plus de 45 ans.

publicité

Le tuyau en question, une conduite pluviale d’un diamètre de 3,6 mètres, avait été mis en place sous l’A-20 par la Ville de Saint-Hyacinthe et non par le gouvernement, a confié au COURRIER Grégoire Girard, maire de Saint-Hyacinthe de novembre 1971 à 1976.

C’est donc lui qui occupait la mairie lorsque, vers 1972-1973, la Ville a canalisé les eaux pluviales du secteur du boulevard Casavant et de la rue Drouin, au sud de l’autoroute, pour les détourner vers la rivière Yamaska par le nord afin d’éviter une trouée dans le secteur est, déjà trop urbanisé pour permettre de tels travaux.

« On avait donné le contrat à Désourdy Construction, qui devait aussi traverser la Transcanadienne. Ça faisait partie de son contrat, mais rendu à l’autoroute, l’entrepreneur nous a dit qu’il y avait eu des coûts additionnels et qu’il manquait d’argent. Il a refusé de continuer et plus tard, ça a donné lieu à un procès avec la Ville. Finalement, c’est Construction Louisbourg qui a terminé le travail », a raconté l’ex-maire Girard, toujours servi par une mémoire prodigieuse à 94 ans.

Cet arpenteur-géomètre de formation a bien voulu accompagner les représentants du COURRIER pour une visite des abords de l’autoroute avec un autre ancien maire, Rosaire Martin, lequel a dirigé l’ancienne municipalité de Saint-Hyacinthe-le-Confesseur de 1993 à 2001 et qui en fut le dernier maire.

C’est d’abord lui qui a aiguillé LE COURRIER sur des travaux de canalisation réalisés à travers l’A-20 aux alentours de 1972, à la hauteur de ce qui allait devenir peu après le parc Les Salines, créé par la Ville sur le territoire de Saint-Hyacinthe-le-Confesseur. « À ce moment-là, j’étais camionneur de transport en vrac et je me souviens très bien de ce chantier sur l’autoroute, où j’ai travaillé. On allait chercher notre pierre concassée à Saint-Hugues, et j’en ai charrié pendant environ deux mois pour ces travaux », a relaté M. Martin, croyant à l’époque qu’il se trouvait sur un chantier du MTQ.

M. Girard a expliqué quant à lui que la conduite pluviale de 3,6 m sur laquelle le MTQ est intervenu ce printemps après la découverte d’une « cheminée d’effondrement » avait été installée exactement à l’endroit où un petit ruisseau passait déjà sous l’autoroute. Il est bien visible sur une grande photo aérienne de Saint-Hyacinthe prise en 1965 par la Ville de Montréal, document précieux qu’il avait apporté avec lui pour la circonstance. « C’était une coulée naturelle qui traversait l’autoroute dans un tuyau de 48 pouces, beaucoup trop petit pour ce que nous devions faire. »

Selon lui, le MTQ est mal avisé aujourd’hui de réclamer 4 M$ à la Ville pour des travaux d’entretien d’un ouvrage qui ne devrait plus engager sa responsabilité. « Ce n’est pas l’affaire de la Ville : elle n’est même pas sur son terrain », signale-t-il.

Reste à voir ce que dit l’entente intervenue à l’époque entre la Ville et le MTQ au sujet de la traverse de l’A-20, car il est persuadé qu’un tel document existe. « Définitivement! », lance-t-il.

Dans la résolution par laquelle le conseil a rejeté la réclamation du MTQ, la Ville affirme malgré tout qu’elle n’a trouvé dans ses dossiers aucune trace d’une entente avec le Ministère au sujet de l’entretien de ce ponceau qui termine sa course sous la rue Martineau, débouchant à la gauche de l’entrée du parc Les Salines. Ses eaux peuvent ensuite se déverser dans une grosse conduite de 300 m de long qui a été aménagée dans le parc en 1992 et 1993, après un important glissement de terrain survenu au printemps 1992. Le tuyau rejoint ensuite le ruisseau Saint-André (ou des Salines), qui mène à la rivière Yamaska en direction est.

Réponse de la Ville

De son côté, la Ville de Saint-Hyacinthe a progressé dans ses recherches depuis la résolution de la séance du conseil du 5 août. « Nous avons bien, dans nos archives, des documents d’autorisation datant du début des années 1970 délivrés par le ministère de la Voirie du Québec à la Ville pour l’installation du ponceau. Même si le Ministère a autorisé la construction du ponceau, aucune entente relativement à son entretien ou remplacement éventuel n’a été retracée. De plus, un cours d’eau se trouvait à l’emplacement du ponceau avant la construction de l’autoroute 20 et il semble avoir été ignoré dans la conception de l’autoroute 20. Il est de la responsabilité du MTQ de canaliser les cours d’eau en conflit avec leurs ouvrages et d’entretenir ces canalisations dans le futur. Si ce cours d’eau avait été considéré par le Ministère lors de la construction de l’autoroute 20, au début des années 1960, la Ville n’aurait pas eu à construire le ponceau », a indiqué dans un courriel Brigitte Massé, directrice des communications à la Ville, en réponse aux questions du COURRIER.

Le journal est aussi en attente de précisions que pourrait lui apporter le MTQ à partir de ses archives.

image