10 octobre 2019
Projet de loi 40
Une réformecentralisatrice et contre-productive, selon Flibotte
Par: Rémi Léonard

Le président de la CSSH s’est porté en entrevue à la défense des commissions scolaires, dont le remplacement par des centres de services est actuellement étudié à Québec. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Dépolitiser les commissions scolaires pour en faire des centres de services, comme le propose l’actuel gouvernement caquiste, ne ferait qu’éloigner la prise de décision vers Québec, soutient le président de la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe (CSSH), Richard Flibotte.

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Il ne cache pas son inquiétude vis-à-vis du projet de loi déposé au début du mois à l’Assemblée nationale pour mettre fin aux organisations comme celle qu’il représente actuellement. Évacuer la dimension politique de la gouvernance scolaire pourrait en effet avoir un impact considérable sur la prise de décision locale.

Pour illustrer la pertinence des élus scolaires, Richard Flibotte se rapporte à l’époque pas si lointaine où les écoles de la région devaient composer avec une pénurie d’élèves, tout le contraire d’aujourd’hui. À ce moment, une logique purement administrative aurait pu conduire à la fermeture d’écoles dans certains de nos villages, mais le conseil des commissaires a fait le « choix politique » de les garder ouvertes, a-t-il illustré. « Contrairement à un commissaire élu, un administrateur travaille avant tout pour son organisation, pas pour la communauté », a-t-il soulevé. « Je crains que les futurs administrateurs se voient confinés dans leur rôle », alors que les commissaires actuels peuvent prendre parole sur la place publique, tisser des liens avec la communauté et, surtout, doivent être redevables à la population, a commenté M. Flibotte.

Autre souci, la décentralisation promise dans les discours du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, ne se retrouve pas clairement dans le projet de loi, selon le représentant de la CSSH. Par contre, les pouvoirs qui reviendront dorénavant au ministre sont, eux, bien définis, s’est-il inquiété. Quant aux économies estimées par le gouvernement grâce à cette réforme, le président en doute fortement. « Regardez les coûts annoncés pour les maternelles 4 ans », a-t-il pointé.

Légitimité

Vu la participation anémique aux dernières élections scolaires, difficile de passer à côté de cette question. À la CSSH, le taux de participation a atteint 7,35 % aux élections de 2014, ce qui est tout de même un peu mieux que la moyenne provinciale. Richard Flibotte soutient néanmoins que les efforts n’ont jamais été réellement déployés pour que la démocratie scolaire fonctionne, et ce, même si des solutions comme le jumelage avec les élections municipales ont pourtant été proposées. Les derniers gouvernements n’ont pas non plus démontré une volonté de conscientiser les citoyens à l’importance du vote scolaire, bien au contraire, a soutenu M. Flibotte.

De toute manière, « je ne vois pas en quoi cette réforme va améliorer les services », a-t-il commenté. On peut bien changer de nom, mais les contraintes et les défis actuels vont demeurer, a-t-il en somme expliqué. « Ce n’est pas du tout dans les priorités du réseau », a-t-il poursuivi.

Malgré la fin possible des commissions scolaires, M. Flibotte conserve tout de même l’espoir que ses craintes et celles d’autres acteurs du milieu soient entendues. Récemment, la Fédération autonome de l’enseignement et les partis d’opposition à l’Assemblée nationale ont par exemple critiqué le projet de M. Roberge. « Ce n’est toujours qu’un projet de loi », a d’ailleurs souligné M. Flibotte en rappelant que la dernière réforme libérale pour abolir les commissions scolaires avait finalement été abandonnée.

Alors qu’une commission parlementaire doit se tenir prochainement sur la question, M. Flibotte dit espérer « que le ministre aura l’honnêteté d’entendre même les gens qui ne sont pas de son avis ». Et peu importe l’issue, « on continuera de travailler jusqu’au bout avec le même engagement », a-t-il promis.

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