30 août 2018
Éducation
Une rentrée d’argent
Par: Martin Bourassa

Dans la catégorie On ne l’a pas vu venir personne, la palme revient haut la main à l’annonce d’un octroi de 35,5 M$ pour la construction d’une école secondaire à Saint-Hyacinthe et de 6,2 M$ pour l’agrandissement de l’école de la Rocade à Saint-Dominique. À placer dans la catégorie des surprises de l’été.

Non pas que les besoins ne soient pas présents, pour ne pas dire criants. Nous avons maintes fois insisté dans cette page par le passé sur la nécessité de revamper nos écoles, en particulier au secondaire. La polyvalente Hyacinthe-Delorme est un bunker hérité de la Guerre froide et Fadette est une école primaire à peine maquillée.

Le caractère surprenant de ces investissements réside dans les choix qui ont été faits à Québec, dans la mesure où toutes les actions de la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe (CSSH) ces derniers mois militaient en faveur de l’ajout d’une école primaire dans le secteur du Domaine sur le Vert. Dans sa liste des priorités, la CSSH avait fait d’une nouvelle école secondaire sa seconde priorité, après l’agrandissement de l’école de Saint-Pie et avant l’agrandissement de l’école primaire de Saint-Simon. Le projet d’école primaire à Saint-Hyacinthe venait en cinquième place, sauf que concrètement, elle visait à répondre à un besoin plus pressant que l’école secondaire. Québec a opté pour favoriser les priorités 2 et 4. À quoi bon établir des priorités?

C’est à se demander qu’elle aurait été l’option choisie par la CSSH si on lui avait simplement consenti une enveloppe de 35 M$ et laissé le soin de décider localement de ce qu’il convenait de faire avec cet argent : une école primaire ou une école secondaire? Mais le choix ne se pose pas. Une école secondaire, ce sera.

Même si elle surprend, c’est quand même une excellente nouvelle pour l’ensemble de la communauté qui a surtout vu les résidences pour retraités pousser comme des champignons ces dernières années dans le paysage maskoutain. Bien entendu, elle ne règle en rien les besoins criants dans nos écoles primaires qui fonctionnent pour la plupart au maximum de leur capacité, pour ne pas dire en surcapacité, comme c’est le cas à Saint-Pie, à Saint-Simon ainsi que dans les écoles primaires Douville et Saint-Sacrement à Saint-Hyacinthe. La situation devrait être encore pire l’an prochain. La CSSH n’a donc pas fini de gérer l’abondance et de se casser la tête.

Au cours des prochains mois, elle doit d’ailleurs se livrer à un autre exercice de refonte des bassins de clientèles pour tenter de donner un peu d’oxygène à ses écoles et pour décider quelles options et clientèles seront dirigées vers la nouvelle école secondaire. Question d’apporter notre grain de sel aux discussions, allons-y d’une ou deux pistes exploratoires. La première consisterait à profiter de la nouvelle école secondaire pour y transférer la clientèle en adaptation scolaire de l’école Raymond, en manque de valorisation. L’école Raymond pourrait adopter une nouvelle vocation au primaire ou encore accueillir la formation aux adultes qui n’est pas à une relocalisation près. Sortir la formation aux adultes de l’école Casavant où elle se trouve pourrait permettre de soulager bien des écoles du secteur, à commencer par Saint-Sacrement.

On pourrait aussi étudier la possibilité de transférer la formation aux adultes à l’extérieur des bâtiments de la CSSH, en privilégiant la location et en s’inspirant de ce qui a été fait par le Cégep de Saint-Hyacinthe avec la formation continue installée aux Galeries St-Hyacinthe. Forcément, la CSSH devra être imaginative dans ses décisions.

Parlant d’imagination, il faudrait peut-être intégrer à tout ce débat sur nos écoles l’avenir du Séminaire de Saint-Hyacinthe, qui abrite l’école secondaire Casavant. Ce joyau du patrimoine où logent actuellement nos prêtres vieillissants aura besoin avant longtemps de trouver une nouvelle vocation. Il serait tout naturel que celle-ci soit dans le domaine de l’éducation. Bien sûr, cela commandera un investissement colossal, sans aucun doute plus grand que les 35 M$ requis pour aménager une école de 900 places.

Oui, le prix à payer sera important, mais peut-être plus que nécessaire dans la mesure où raser ce vénérable établissement ne peut et ne doit pas être envisagé. Et comme la Ville de Saint-Hyacinthe ne pourra pas sauver tous les immeubles qui le méritent, des solutions impliquant le gouvernement du Québec devront être trouvées. Et plus vite que tard.

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