8 août 2019
Après 38 ans comme ambulancier à Saint-Hyacinthe
Une retraite bien méritée pour Mario Jodoin
Par: Olivier Dénommée

Mario Jodoin prend sa retraite comme ambulancier à quelques semaines de la soixantaine. On le voit ici entouré de sa femme, Johanne Perreault, et de sa fille Marie-Eve Jodoin. Photo Dominique St-Pierre

Le vendredi 2 août a été une journée émotive pour le Saint-Pien Mario Jodoin : c’est à cette date qu’il a porté pour la dernière fois son uniforme, lui qui l’a fièrement revêtu pendant les 38 ans qu’il a été au service de la population comme ambulancier à Saint-Hyacinthe. Le jeune retraité conservera des souvenirs indélébiles de cette carrière.

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« Ça va, le stress commence à descendre », lance Mario Jodoin en début d’entrevue, mardi. Cet homme réservé ne s’attendait pas à un tel hommage de la part de ses collègues et avoue qu’il a eu « les yeux pleins d’eau » pendant toute la journée. « C’était très émotif comme journée. Dans la dernière semaine, j’ai très peu dormi parce que je voyais la date approcher et que j’aimais encore mon emploi et mes collègues. Dans la nuit de jeudi à vendredi, à 1 h du matin, je tournais déjà en rond chez moi », reconnaît l’ancien ambulancier.

Pas peur de la mort

M. Jodoin n’a jamais oublié l’événement qui l’a convaincu de donner son nom pour devenir ambulancier, en 1981. « À l’époque, je travaillais dans une usine de textile à Saint-Joseph et un de mes collègues était ambulancier à temps partiel. Le Vendredi saint de cette année-là, je suis parti de Saint-Pie sur la route 235 et j’ai vu qu’il y avait un accident à la hauteur d’une courbe et que des ambulanciers et policiers étaient sur place. Parmi eux, j’ai reconnu mon collègue qui m’a demandé si j’avais peur des morts. J’ai dit non et il m’a demandé de l’aider à sortir un corps d’une voiture qui s’était enfoncée dans la rivière, puis de le mettre sur une civière. À la fin, je suis simplement reparti faire mes commissions et ça ne m’a pas empêché de dormir. »

Malgré le côté tragique de cet événement, cela a confirmé que Mario Jodoin n’avait pas peur de côtoyer la mort, voire qu’il avait apprécié son expérience, et son collègue l’a convaincu la semaine suivante de postuler pour devenir ambulancier à temps partiel lui aussi. « Je suis allé voir le responsable qui m’avait reconnu parce qu’il était aussi sur les lieux de l’accident en question. J’imagine qu’il manquait de monde à l’époque parce qu’il m’a tout de suite dit : “Viens jeudi avec une chemise bleu pâle”! » Ce fut le début d’une aventure de plus de 38 ans pour Mario Jodoin.

Pas du tout les mêmes conditions

À ses débuts, les ambulanciers étaient payés 5 $ par appel. Et après que l’usine où il travaillait a fermé ses portes en 1982, M. Jodoin était sur appel 24 heures sur 24 pour arriver à payer ses comptes. Lorsque des postes à temps plein ont été ouverts, il a sauté sur l’occasion, mais avait un salaire de 5 $/l’heure. « 120 $ par semaine était considéré comme une bonne paie! », se souvient-il en riant.

Heureusement, les conditions de travail des ambulanciers ont beaucoup évolué, mais c’est surtout au niveau des équipements que les choses ont changé pour le mieux. « Au début, avec les grosses civières, on forçait tout croche et on se faisait souvent mal au dos. Maintenant, on a de l’équipement mieux adapté aux différentes situations. Et avec l’arrivée des moniteurs et des défibrillateurs, ça a de beaucoup amélioré les chances de survie des personnes sur qui on intervient. Avant, on ne pouvait faire que du bouche-à-bouche et poser un collier cervical qui ne tenait pas grand-chose. » Ce changement nécessaire s’est opéré à l’aube des années 90 et jamais M. Jodoin ne serait retourné en arrière.

Savoir ventiler

Mario Jodoin se décrit comme une personne très sensible, mais il n’avait pas le choix de se faire une épaisse carapace pour passer à travers ses journées. « Si tu n’es pas capable de te protéger de tout ce qui t’arrive, tu ne feras pas long feu dans cette carrière. Aux jeunes qui commencent, je leur dirais qu’il faut absolument trouver une façon de ventiler, sinon ça va finir par sauter. Moi-même, si j’avais gardé tout ça en moi, je serais devenu fou. Heureusement, j’avais une bonne épouse et de bons enfants. » Il évite aussi de se mêler aux histoires répandues sur les réseaux sociaux, comme celles qui voulaient que ce soit une gérante du Wal-Mart de Saint-Hyacinthe qui a aidé une femme à accoucher il y a deux ans. « Je sais que c’était nous avec l’aide d’une préposée de l’hôpital sur place, alors on laisse aller les rumeurs », commente M. Jodoin, qui n’a de toute façon jamais choisi ce métier pour être sous les projecteurs.

Il est arrivé à quelques reprises de se remettre en question quant à son choix de carrière, lorsque « le chaudron était sur le bord de renverser ». « Ce qui m’a donné le plus de difficulté, c’est les interventions touchant les enfants. Ça ne s’oublie pas, ces événements-là », estime celui qui a vécu « beaucoup de moments tristes, peu d’événements heureux » dans le cadre de son travail. Il trouvait aussi difficile de ne presque jamais savoir ce que sont devenus les patients sur qui il est intervenu. « Parfois, on les croise ensuite dans la rue et on sait qu’ils vont bien, sinon on n’en saurait rien. »

Mario Jodoin déplore aussi que certains « habitués » appellent une ambulance dès que le garde-manger est vide en attendant l’arrivée du chèque, ou ceux qui appellent dès qu’ils ont un début de grippe ou une diarrhée. « Il y a sérieusement des journées où je ne me sentais pas utile à cause de ces cas-là. Je ne m’en ennuierai pas. »

Retraite active

La retraite de Mario Jodoin arrive à un mois de son soixantième anniversaire et respecte une vieille promesse qu’il s’est faite. « Je me suis toujours dit que cet âge était ma limite pour prendre ma retraite pour que je puisse profiter de la vie pendant que je suis encore en santé. » Ses premiers jours comme retraité ont d’ailleurs été consacrés à un peu de repos… et à des travaux sur sa maison et sur celle d’un de ses enfants! « Je ne suis pas du genre à rester assis et j’ai de quoi me tenir occupé », conclut M. Jodoin, tout sourire.

Pour ce qui est du sort des Maskoutains qui doivent faire appel aux ambulanciers pour une urgence, Mario Jodoin n’a aucune inquiétude. « J’ai pleine confiance envers les autres ambulanciers : ils sont tous bons! » Il quitte donc son emploi le cœur gros, mais l’esprit tranquille.

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