21 mai 2020
Une situation dramatique pour les producteurs de veaux
Par: Véronique Lemonde

Les débouchés pour le veau de lait et de grains du Québec se raréfient présentement. Photo Les Producteurs de bovins du Québec

Avec la fermeture temporaire, mais abrupte, des restaurants et des établissements hôteliers (HRI), à la mi-mars, les producteurs de veaux de la région perdaient soudainement plus de 40 % de leur marché. Une situation dramatique qui s’ajoute à un prix de revient déjà à la baisse pour les producteurs qui mènent leurs animaux à l’abattoir.

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« Nous avons une grosse problématique avec nos veaux présentement avec la perte du marché des HRI. Aussi, les épiceries semblent avoir fait plus de place pour les produits de commodités sur leurs tablettes comme le bœuf, le poulet ou le porc, et donc, très peu de place pour le veau. Pourtant, les gens mangent toujours et un grand pourcentage de la population travaille encore, donc l’argument du prix plus élevé du veau en épicerie ne tient pas la route », estime Jocelyn Grenier, producteur de veaux dans la région d’Acton Vale avec quelque 1000 têtes en inventaire.

À l’heure où l’achat local est quasi glorifié, M. Grenier s’explique mal qu’on ne laisse pas plus de place à la viande de veau, une production qui s’articule de A à Z au Québec, de la naissance des veaux à leur abattage et transformation. Pour les producteurs laitiers qui y trouvent également un débouché pour leurs veaux mâles qui n’ont aucune valeur pour la production laitière, le marché du veau représente un soutien majeur pour le maintien de plusieurs exploitations de la région. De fait, c’est 150 000 veaux qui sont produits chaque année au Québec.

Prix à la baisse

Dans la production de veaux, que ce soit de grains ou de lait, la compétition est quasi inexistante pour les sites d’abattage puisque l’ensemble des bêtes sont abattues au Québec dans des abattoirs régionaux. Avec la fermeture temporaire de certains abattoirs en raison de la COVID-19 et, surtout, de la baisse de la capacité d’abattage de ceux-ci actuellement, la pression sur le prix de revient des bêtes est encore plus forte.

« Habituellement, nous rendons nos veaux à l’abattoir à 375 livres la carcasse. Cependant, avec les retards actuels, nous n’avons pas une très grande marge de manœuvre pour retenir des bêtes qui ne doivent pas dépasser 420 livres la carcasse pour être toujours des veaux! Le prix du veau est donc à la baisse dans les abattoirs et s’ils doivent en congeler, il perd encore de la valeur, car c’est le frais qui est priorisé. Nous perdons environ 120 $ par veau présentement », ajoute M. Grenier. Paradoxalement, le prix du veau en épicerie, lui, n’a jamais descendu et est même monté au fil des ans.

« C’est dramatique pour eux présentement, estime Michel Grenier, de la Ferme MBM à Sainte-Hélène-de-Bagot et président de l’Association nationale des engraisseurs de bovins. Les producteurs de veaux n’ont pas la même couverture d’assurance que les autres producteurs de bœufs et, là, leur marché est presque à terre depuis deux mois. Le plus gros de la production de veaux est dans la Montérégie-Est et dans le Centre-du-Québec, et même si un abattoir comme Forget, un fleuron, a doublé sa capacité d’abattre, ce n’est pas suffisant. »

À noter que le plus grand producteur-transformateur de veaux et d’agneaux en Amérique du Nord, Délimax-Montpak, dont le siège social est à Saint-Hyacinthe, avait acquis l’Abattoir Forget de Terrebonne en 2019.

Pour Julien Levac Joubert, agent de communication aux Producteurs de bovins du Québec, une partie de la solution est entre les mains des consommateurs. « Mettez du veau dans votre panier d’épicerie et demandez-en à votre épicier si les tablettes n’en contiennent pas. C’est un produit 100 % local et les producteurs de veaux ont besoin du soutien de la population. »

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