11 juillet 2013
Des marchandises dangereuses traversent Saint-Hyacinthe tous les jours
Une tragédie qui en rappelle une autre
Par: Le Courrier

La tragédie ferroviaire survenue samedi à Lac-Mégantic a rappelé les risques liés au transport de matières dangereuses, tous les jours, au coeur de plusieurs municipalités du Québec. Dans la région maskoutaine, la crainte est d’autant plus vive que personne n’a oublié l’accident fatal survenu entre Sainte-Madeleine et Saint-Hilaire en 1999.

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Un train du CN roulant vers Montréal avait alors embouti des wagons d’essence de la compagnie Ultramar qui s’étaient détachés d’un convoi circulant en sens inverse avant de dérailler. L’imposante explosion avait été suivie par le déversement de 2,7 millions de litres d’hydrocarbures qui avaient brûlés pendant quatre jours. L’accident avait fait deux morts – les opérateurs d’un des trains – en plus de nécessiter l’évacuation de 350 familles habitant dans les environs.

À l’époque, le Maskoutain Jacques Desrosiers était chef du Service de sécurité incendie de Saint-Hyacinthe. Il n’a pas oublié le 30 décembre 1999. « La tragédie qui vient de se produire à Lac-Mégantic montre une fois de plus que les services de sécurité incendie ont raison d’avoir des appréhensions par rapport au transport de matières dangereuses », a-t-il dit en entrevue au COURRIER. Au cours des 10 dernières années, M. Desrosiers a dirigé la mise en place du Schéma de couverture de risque en sécurité incendie à travers la MRC des Maskoutains. En voyant les terribles images transmises en direct de Lac-Mégantic, ses premières pensées sont allées vers les victimes, bien sûr, mais aussi vers les premiers répondants qui devaient faire face à la catastrophe « alors qu’ils ont peut-être eux-mêmes perdu des êtres chers ». « J’ai été frappé de voir la qualité avec laquelle l’urgence a été gérée. Il n’y a pas eu d’improvisation et les intervenants étaient en contrôle », a noté M. Desrosiers. À son avis, et vu de l’extérieur, la seule lacune de toute l’opération d’urgence semble avoir été l’absence de la compagnie de chemin de fer Montréal, Maine et Atlantique.« En 1999, Ultramar avait réagi rapidement. Ils avaient mis leurs culottes et pris leurs responsabilités dès les premières heures suivant l’accident, rappelle-t-il. Quand je regarde ce qui se passe à Lac-Mégantic, je m’ennuie de ce professionnalisme. On peut même se demander si cette compagnie a un plan d’urgence. »

Mieux formés et outillés

Jacques Desrosiers est formel : si des quantités importantes de matières dangereuses traversent tous les jours Saint-Hyacinthe, les pompiers sont mieux équipés pour faire face au danger en cas de pépin.

« La société a besoin de matières dangereuses et elle a besoin de les transporter. Présentement, on se questionne sur le transport du pétrole étant donné l’accident qui s’est produit, mais d’importantes quantités de produits dangereux passent tous les jours sur les voies ferrées, mais aussi sur nos routes, dans des camions. On parle de propane sous pression, d’acide ou d’explosifs. La liste est longue. Économiquement, il semble que ce soit une réalité avec laquelle on n’ait pas le choix de composer de nos jours. »M. Desrosiers estime qu’il faut donc miser sur la formation des pompiers et la règlementation pour réduire le risque. « Il faut donner tous les moyens aux pompiers d’intervenir efficacement. Depuis 1999, on a fait d’énormes progrès à ce chapitre. »Par exemple, les wagons sont désormais identifiés de façon à ce que les pompiers connaissent rapidement la nature de ce qu’ils transportent ainsi que les gestes à poser et à éviter en cas d’incendie ou de risque d’incendie. Le Centre canadien d’urgence transport produit pour sa part un guide destiné aux premiers intervenants sur les mesures d’urgence au cours de la phase initiale d’un incident de transport mettant en cause des marchandises dangereuses. À Saint-Hyacinthe, le Service de sécurité incendie compte aussi sur une équipe spécialisée en matières dangereuses. « Les pompiers de Saint-Hyacinthe ont une formation solide et les outils nécessaires pour intervenir le plus efficacement possible. On peut compter sur eux. Mais bien sûr, il y a des situations devant lesquelles on ne peut plus rien, sinon limiter les dommages. Pour les éviter, il faut travailler en amont avec de la règlementation, des normes et des gens pour s’assurer que tout ça est vraiment mis en application. »

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