6 mai 2021
Formation accélérée de préposé
Une véritable vocation pour Antoine Fauteux
Par: Olivier Dénommée

Après avoir travaillé dans deux CHSLD, dont l’Hôtel-Dieu-de-Saint-Hyacinthe, Antoine Fauteux est actuellement préposé aux bénéficiaires à l’Hôpital Honoré-Mercier. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Voilà déjà près d’un an que les premières cohortes de la formation accélérée offerte par le gouvernement du Québec pour devenir préposé en centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) ont quitté les bancs d’école pour venir en renfort aux effectifs débordés depuis trop longtemps. LE COURRIER a rencontré un de ces anges gardiens, plus passionné que jamais par son travail.

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Antoine Fauteux, 19 ans, est originaire de Chambly. Avant la pandémie, il enchaînait les emplois étudiants et suivait un programme général au cégep en attendant de trouver sa vocation. « Quand on m’a montré l’annonce pour devenir préposé la première fois, ça ne m’a pas tant attiré au début, puis j’ai eu une révélation : pourquoi pas tenter ma chance? »

La raison de son hésitation initiale était la mauvaise presse qu’avait le réseau de la santé québécois, mais il a été « honnêtement étonné » du niveau de préparation de l’organisation lorsqu’il a mis les pieds au Centre de formation professionnelle des Patriotes à Sainte-Julie pour y suivre sa formation accélérée.

Antoine faisait partie de la première cohorte de 641 personnes qui ont répondu à l’appel pour devenir préposés aux bénéficiaires en Montérégie-Est; 516 d’entre elles ont complété leur formation et ont été embauchées à l’automne sur le territoire. Selon les derniers chiffres fournis par le Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Est, 469 de ces personnes sont toujours à l’emploi du CISSS dans la région.

« On a suivi un programme condensé, mais ultra chargé, et beaucoup de gens ont lâché quand ils ont vu l’intensité de ce qui nous attendait », remarque Antoine Fauteux, qui n’a toutefois vu personne dans sa cohorte qui « était là pour les mauvaises raisons ». Il estime que, sur la trentaine de personnes de tous les horizons qui ont suivi la formation dans sa classe, une vingtaine l’ont menée à terme.

De Saint-Bruno à Honoré-Mercier

Contrairement à plusieurs préposés qui sont demeurés à un seul centre d’hébergement ces derniers mois, Antoine Fauteux a été transféré à différents endroits depuis sa sortie de l’école.

« J’ai commencé au CHSLD de Montarville, à Saint-Bruno, puis j’ai été déplacé en zone chaude à l’Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe. Depuis plusieurs semaines, je suis à l’Hôpital Honoré-Mercier », résume le Chamblyen qui est depuis devenu Maskoutain pour se rapprocher de son lieu de travail. À chaque endroit, il a été bien reçu par l’équipe en place et toutes les promesses faites par le gouvernement – le salaire et les horaires à temps plein – ont été tenues dans son cas.

« J’aimais travailler en CHSLD parce qu’on est avec le monde, ce qui permet de tisser des liens avec les bénéficiaires qui te reconnaissent et ont moins peur de toi. C’est très valorisant et ça a été un pincement au cœur de quitter pour aller à l’hôpital », reconnaît-il. Là-bas, la dynamique et la clientèle sont différentes, mais il est loin de s’y déplaire. « Ça me faisait peur au début, mais j’ai la chance inouïe de travailler avec une équipe extraordinaire au quotidien. J’ai aussi appris beaucoup de choses sur le terrain qu’on n’a pas vues dans notre formation », commente-t-il.

Malgré tout, lorsqu’on lui demande à l’occasion s’il est « un vrai préposé », il répond oui du tac au tac, ne se sentant pas nécessairement moins outillé pour s’occuper des bénéficiaires que des préposés d’expérience qui ont suivi la formation complète.

Des rayons de soleil

Avant même de trouver sa vocation, Antoine savait qu’il aimait travailler avec les gens. « Depuis toujours, j’essaie de donner le sourire aux autres. J’aime travailler dans le public et j’ai un intérêt pour le domaine artistique, où on peut créer du bonheur. Travailler comme préposé, c’est être le rayon de soleil de la journée des personnes qui n’en auraient peut-être pas autrement. C’est tellement valorisant comme travail et je sens que je me suis développé sur le plan personnel depuis que je suis préposé aux bénéficiaires », soutient-il.

Chaque jour, Antoine se plaît de plus en plus dans cette réalité où il se donne des « challenges » pour s’améliorer constamment. Ces derniers mois, le jeune homme a aussi appris à apprivoiser la mort, un sujet qu’il n’avait jamais côtoyé. « Mon premier décès a été un moment marquant parce que je n’y avais jamais fait face avant. Le sujet de la mort m’a toujours rendu anxieux, mais y faire face m’a aidé à régler des problèmes personnels et à trouver des réponses à certains questionnements. »

Pour sa part, le préposé n’a jamais contracté la COVID-19 même s’il a travaillé en unité chaude et a reçu sa première dose de vaccin.

Changement positif

Antoine Fauteux retient beaucoup de positif de son expérience des derniers mois et croit véritablement avoir trouvé sa vocation. « Plus les jours passent et plus j’aime exercer ce beau métier. Et je sens un intérêt plus grand de la population en général pour le domaine de la santé dans la dernière année, alors j’espère que les gens ne retiendront pas que les aspects négatifs de ce travail. »

Selon lui, la dernière année aura aussi comme conséquence durable de normaliser le port du masque dans des contextes où il aurait été tout à fait logique de le porter. « Je ne peux pas croire qu’avant la COVID-19, il était normal de travailler avec des gens âgés et malades sans porter de masque! Je pense que cette habitude va rester même lorsque ce sera derrière nous. »

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