2 juillet 2020
Réglementation municipale à Saint-Hyacinthe
Une ville pas cool?
Par: Martin Bourassa

Pour plusieurs personnes, la Ville de Saint-Hyacinthe n’est pas très à la mode, pas très tendance et pas très cool. Son conservatisme irrite, surtout la jeune génération. Au cours des dernières semaines, les exemples se sont multipliés.

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D’abord avec la piétonnisation de la rue des Cascades, qui débute aujourd’hui après de multiples rebondissements. Certains auraient souhaité une piétonnisation tout l’été, voire permanente, plutôt qu’un exercice qui se limitera à cinq week-ends, du jeudi au dimanche. Ce compromis a pourtant le mérite de mécontenter tout le monde, autant ceux qui ne voulaient pas d’une piétonnisation à moitié que ceux qui étaient contre son imposition. Pourtant, les meilleurs compromis sont souvent ceux qui sont décriés de part et d’autre. On saura rapidement à l’usage si ce projet pilote a de l’avenir ou pas.

Et nous y reviendrons assurément en cours de route. Le grand défi sera d’évaluer le succès ou l’échec de cette initiative, en toute objectivité.

Un autre dossier qui a fait jaser est celui des poules urbaines, une pratique qui a gagné en popularité en temps de pandémie. Plusieurs municipalités rurales ont emboîté le pas en permettant à leurs citoyens d’élever quelques poules sous certaines conditions sur leur territoire, mais pas la Ville de Saint-Hyacinthe. Ici, la réglementation en vigueur ne permet pas de s’improviser éleveur de poules urbaines. Et dans l’intérêt des citoyens et des poules, c’est peut-être mieux ainsi. Dans ce dossier, il n’y a pas eu de pression récente sur nos élus pour faire modifier la réglementation.

Enfin, notre reportage de la semaine dernière sur l’interdiction des camions de cuisine de rue à Saint-Hyacinthe, les food trucks, a provoqué de vives réactions. À l’écart des foires et festivals pour cause de pandémie, ils sont plus nombreux que jamais à Saint-Hyacinthe cet été, ce qui laisse supposer que l’application de la réglementation n’était pas une priorité pour le Service de l’urbanisme, voire les élus.

Les choses étaient cependant sur le point de changer puisque les conseillers ont récemment convenu en plénière, donc entre eux, de donner l’ordre aux inspecteurs municipaux de partir à la chasse aux contrevenants. Ceux-ci sont, à leur avis, une menace pour les restaurateurs de la place qui paient des taxes foncières.

Le hic, c’est que la réglementation sur les restaurants ambulants baigne dans un flou artistique qui sème la confusion et alimente les frustrations. Elle gagnerait donc à être dépoussiérée, éclaircie et publicisée.

Pour l’heure, elle stipule « qu’il est interdit […] d’exploiter dans les rues ou places publiques de la Ville un ou des commerces de restaurant ambulant. Les commerces de restaurants ambulants sont autorisés lors d’événements spéciaux et ce, sur permission expresse de la Ville ». À sa lecture même, certains seraient tentés de croire que les camions de cuisine de rue sont interdits sur les places publiques, mais autorisés sur les terrains privés ou commerciaux. Mauvaise interprétation, réplique la Ville de Saint-Hyacinthe puisque son interdiction s’applique partout et en tout temps, sauf autorisation de sa part. Et des autorisations, elle en donne à la pièce. Surtout pour ses propres activités comme Saint-Hyacinthe en blanc, celles des services de loisirs ou encore pour une activité commerciale comme le Poutinefest, un rassemblement organisé par des gens de l’extérieur et qui vise en engraisser leurs propres poches avant tout.

On comprend donc qu’en pratique, les food trucks sont interdits, sauf quand ils sont utiles à la Ville de Saint-Hyacinthe et que cette dernière préfère encourager, depuis deux ans, les opérateurs de Montréal avec le Poutinefest que ceux d’ici.

C’est assez décourageant, non? Mais ce qui l’est encore davantage à notre avis, c’est qu’on a récemment refusé à une Maskoutaine la permission de tenir une activité de financement qui aurait mis à profit un restaurant ambulant dans la cour des Galeries St-Hyacinthe. Cette initiative fort louable visait à amasser des fonds pour l’organisme Sclérose en plaques Saint-Hyacinthe-Acton. Si la réglementation actuelle sur les restaurants ambulants vise à empêcher la tenue de telles collectes de bienfaisance, nous avons un sérieux problème de jugement et de priorités à l’hôtel de ville et au Service de l’urbanisme. Et ça, ce n’est vraiment pas cool.

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