16 septembre 2021
Canada 2021
Vers le statu quo?
Par: Le Courrier
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Au rythme où vont les choses et les sondages, il y a tout lieu de croire que nous nous réveillerons le 21 septembre pas plus avancés qu’au lancement de cette courte campagne électorale fédérale qui s’achève.

Tout pointe vers un gouvernement minoritaire, reste à savoir s’il sera rouge libéral ou bleu conservateur. Il s’agirait du quinzième gouvernement minoritaire de l’histoire canadienne, depuis le tout premier survenu en 1921 à l’élection du gouvernement libéral de Mackenzie King, et d’un second gouvernement minoritaire consécutif au fédéral.

À moins d’un revirement aussi spectaculaire qu’inattendu, Justin Trudeau est donc en voie de perdre son pari de la majorité. Le plus récent sondage Léger/La Presse canadienne présenté mardi plaçait libéraux et conservateurs au coude à coude coast to coast avec 32 % des intentions de vote contre 20 % pour le NPD, 7 % pour le Bloc, 5 % pour le PPC de Maxime Bernier et un maigre 3 % pour les Verts. Au Québec, ce sondage donnait l’avance aux libéraux avec 34 % des intentions de vote, suivis du Bloc à 30 % (en hausse de 3 %), des conservateurs à 19 %, du NPD à 10 %, du PPC à 5 % et des Verts à 3 %. Tout ça pour ça. L’aiguille politique n’a pas tellement bougé et certainement pas assez pour nous faire prédire autre chose qu’un gouvernement minoritaire.

On dirait même qu’il aura des allures de celui de 2006 formé par les conservateurs de Stephen Harper. Il s’était retrouvé à la tête du gouvernement avec le plus petit pourcentage de sièges détenus par le parti au pouvoir et le plus grand nombre de sièges manquants pour former une majorité. Dans ce contexte, on vous invite à voter avec votre cœur et vos idées, plutôt qu’à voter de façon stratégique. Et ne comptez pas sur moi pour vous dire pour qui voter. Je n’ai pas l’intention de faire un François Legault de moi-même.

De la campagne fédérale qui s’achève, je retiens deux moments forts. D’abord la prise de position surprise du premier ministre du Québec qui verrait d’un très très bon œil l’élection d’un gouvernement conservateur minoritaire, quitte à se pincer le nez un peu si c’est le prix à payer pour financer le troisième lien à Québec et mettre fin à l’empiétement des libéraux dans les compétences de Québec. Notre premier ministre ne digère pas de se faire dire quoi faire et quoi penser par Ottawa, mais il ne se gêne pas pour interférer dans la campagne fédérale. Il prône l’ingérence à sens unique!

L’autre moment fort de la campagne est survenu lors du débat anglophone quand les commentaires méprisants de la modératrice anglophone sur le Québec, ses problèmes de racisme et ses initiatives discriminatoires (Loi 96 sur la langue officielle et commune du Québec, le français et la Loi 21 sur la laïcité de l’État) ont créé, disons, la stupéfaction.

À part le chef bloquiste, les autres chefs de parti ont très mal paru sur le coup. L’indignation à rebours dont ont fait preuve Justin Trudeau et Erin O’Toole, qui ont dénoncé ces propos « injustes » au lendemain du débat, est rarement payante. Ce pourrait toutefois l’être un peu plus pour le Bloc, lui qui est déjà en position favorable au Québec.

C’était le cas dans Saint-Hyacinthe–Bagot également en tout début de campagne pour le député sortant Simon-Pierre Savard-Tremblay. À la lumière de la razzia qu’il a effectuée aux dernières élections, on ne pouvait faire autrement que de parier sur ses chances d’être réélu.

Au terme d’une campagne sobre et pandémique, cette prédiction a encore du sens. Même si le candidat conservateur a mis les bouchées doubles et a bénéficié du plein appui de son chef – il est venu à Saint-Hyacinthe deux fois plutôt qu’une –, il partait de (trop?) loin, considérant la performance de Bernard Barré en 2019. Même chose pour la candidate libérale Caroline-Joan Boucher. Partie avec un peu de retard, elle aura manqué de temps, d’autant plus qu’une vague rouge semble assez improbable.

Quant à Brigitte Sansoucy du NPD, j’ai bien peur qu’on dise en regardant les résultats qu’elle aurait mérité un bien meilleur sort. Encore une fois.

Les perdants pourront cependant se reprendre dans deux ans, ce qui est la durée de vie attendue des gouvernements minoritaires. Jusqu’ici, nos politiciens n’ont jamais réellement appris à travailler ensemble pour le bien commun.

Voilà pourtant le message à peine caché derrière ces résultats électoraux aussi divisés que répétitifs.

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