5 avril 2012
Viande et religion
Par: Le Courrier

Dans la récente édition du Courrier de Saint-Hyacinthe il est à constater, par le sondage effectué, que la population maskoutaine semble réagir, de façon tranchée, à la problématique des enjeux alimentaires.

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Dans la récente édition du Courrier de Saint-Hyacinthe il est à constater, par le sondage effectué, que la population maskoutaine semble réagir, de façon tranchée, à la problématique des enjeux alimentaires.

Dans le présent débat sur le sort réservé aux animaux, je suis surpris du sursaut de conscience, puisque nous ne nous préoccupons guère de la condition animale. Nous avons plutôt ravalé, en cette ère de néolibéralisme, les animaux au simple rang de capital biologique. Ceci a pour conséquence d’induire la perception, fort occidentale, d’une radicale différence entre l’être humain et les êtres vivants. L’objectivation qui en résulte, justifie l’exploitation et l’oppression de ce qui est considéré comme inférieur. Ce modèle d’interprétation définit la valeur des êtres uniquement en fonction de leur utilité et de leur rentabilité. Je privilégie un autre modèle : le rapport sujet-sujets dans lequel l’autre ne se limite pas qu’à sa valeur d’usage ou ne se réduit pas à un simple objet, à sa valeur instrumentale, à un capital biologique, mais possède une valeur intrinsèque qui reconnaît le mystère, la diversité, la beauté et la complexité du cosmos. Dans cette perspective, il est reconnu que les autres êtres sont tout aussi complexes, ressentent des besoins et doivent être respectés dans leur intégrité. Autrement dit, les pratiques contemporaines face à la consommation de produits animaliers, basées sur le modèle industriel, peuvent apparaître tout aussi questionnables sur le plan éthique que d’autres façons d’agir.D’autre part, je ne peux m’empêcher de ressentir un certain malaise devant l’irruption de la cause animale, comme d’autres causes d’ailleurs, au coeur du débat quant à la place du religieux dans la sphère publique. N’instrumentalise-t-on pas alors ces enjeux pour légitimer le rejet de la différence? Derrière des revendications d’une « laïcité identitaire », selon l’expression de Jean Baubérot, ne justifie-t-on pas ainsi un repli ethnocentrique culminant à une forme d’intolérance? N’importe-t-il pas plutôt de mieux connaître l’autre avant de jeter l’opprobre? En avalisant certains discours stéréotypés, ne risquons-nous pas de glisser vers des formes d’intolérance que nos descendantes et descendants regretteraient? Ne s’avère-t-il pas triste que des partis politiques, aspirant au pouvoir, versent dans des manoeuvres démagogiques qui ne siéent guère à une démocratie? Ne conviendrait-il pas que ces formations politiques montrent l’exemple en haussant le niveau du débat social? Cela ne contribuerait-il pas à mieux lutter contre le désabusement ambiant? Partageant l’idéal d’un modèle de laïcité de reconnaissance et de collaboration qui se fonde sur la reconnaissance de la pluralité, de la légitimité de la liberté de conscience, de l’égalité, de l’équité et de la solidarité, le dialogue et l’accueil qui en découlent, ne constituent-ils pas ainsi la voie à privilégier pour mieux vivre ensemble et construire le bien commun? Cela ne représente-t-il pas l’un des véritables défis de notre époque? Je vous remercie, à nouveau et grandement, Madame Elkouri, pour votre contribution à un sain débat à ce sujet.

Patrice PerreaultGranby-30-

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