8 août 2013
Vie de partage, vie fraternelle
Par: Denyse Bégin

Écouter sans juger, s’oublier, respecter, porter attention à l’autre, à ce qu’elle fait, à ce qu’elle est… L’amitié, au sein d’une communauté religieuse, se vit de la même manière qu’on la vit en société.

Pour les quatre religieuses qui ont accepté de partager leur opinion et leurs expériences sur ce thème, il ne fait aucun doute que ce sentiment est porté par l’Amour avec un grand « A », celui qu’elles vouent à ce Dieu qui les habite et qui les guide. De plus, l’essence de leur vie fraternelle trouve sa source dans ces paroles de leur fondatrice, Mère Élisabeth Bergeron, qui disait : « Mes filles bien-aimées, aimez-vous les unes les autres. Que la divine charité soit le lien qui unisse tous les coeurs ».

« Quand j’écoute les autres, je dois me défaire de mes préjugés et je dois m’oublier pour être vraiment avec elles, attentive et aimante. Ce sont des valeurs que j’ai d’abord apprises au sein de ma famille (6 e de 18 enfants) et qui sont ancrées en moi depuis. Au sein de la communauté, il y a deux personnes à qui je peux me confier de façon particulière. Ce sont mes amies », note soeur Gervaise Flibotte, originaire de Saint-Pie. « Bien sûr que l’amitié existe, même au sein de la communauté, indique soeur Thérèse André qui a grandi à Saint-Labre, au Manitoba, entourée de ses 10 soeurs. Et parfois, poursuit-elle, des liens se tissent là où on ne s’y attend pas. Je pense ici à soeur Odile, une compagne que j’ai côtoyée pendant 20 ans au Manitoba et qui vit aujourd’hui à la maison-mère, comme moi. Elle est si lente et moi, vif-argent! Elle m’a fait grimper dans les murs bien des fois, mais je ne l’ai jamais vu se fâcher! C’est une bonne personne. Aujourd’hui, elle est presque aveugle, plus âgée (90 ans) que moi (84 ans) et je prends soin d’elle. Un jour, je lui ai dit : « Je veux apprendre à assumer ta lenteur ». Et ça m’a fait évoluer. Finalement, on se complète bien », dit en souriant soeur Thérèse. Soeur Françoise Bibeau a elle aussi grandi au sein d’une famille imposante de 14 enfants, dont une soeur, Louise, qui a donné son nom au Centre Louise-Bibeau. Soeur Françoise parle d’amies qu’elle a eues au fil des ans, puis soudain, d’une en particulier. « Ma grande amie, Monique Rajotte… Quand j’étais supérieure locale, à Sorel, j’appréciais beaucoup nos échanges sur notre vie spirituelle. Nos valeurs se rejoignaient. Elle était en quelque sorte mon bras droit, elle créatrice, tandis que moi je ne valais pas une « cenne » à ce niveau-là, alors nous nous complétions. Il y a bien eu des petits accrochages, mais nous étions capables d’en parler. C’est très important de discuter des problèmes rencontrés avec la personne concernée et non pas avec quelqu’un d’autre », affirme soeur Françoise. Soeur Monique Ménard parle quant à elle de la réussite de la vie communautaire comme d’une mission. « Nous avons une mission, celle de bâtir ensemble une vie de communion, c’est-à-dire de fraternité. Cela nous incite à considérer chaque membre de la communauté comme notre propre soeur. Il faut accepter l’autre telle qu’elle est, en sachant très bien que ce n’est pas parce que nous sommes des religieuses que nous sommes parfaites », dit-elle, l’oeil taquin.

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