2 février 2012
Crime d’honneur
Par: Christian Vanasse

Applaudissements au verdict du procès Shafia. Comme un soupir de soulagement après le goût amer qu’avait laissé celui du cardiologue Guy Turcotte et plus près de nous, de Paul Laplante, jugé par la rue, mais pas par la cour.

Applaudissements au verdict du procès Shafia. Comme un soupir de soulagement après le goût amer qu’avait laissé celui du cardiologue Guy Turcotte et plus près de nous, de Paul Laplante, jugé par la rue, mais pas par la cour.

Comment ne pas se réjouir de ce jugement et ne pas saluer au passage le juge qui affirme qu’il « est difficile de concevoir un crime plus ignoble et plus haineux. La raison apparente de ces honteux meurtres commis de sang-froid est que ces quatre totalement innocentes victimes avaient outragé votre concept complètement tordu de l’honneur, lequel n’a absolument pas sa place dans une société civilisée ». Ah, le crime d’honneur. On en parle beaucoup depuis ce procès. Avec raison d’un côté, avec passion de l’autre. Avec raison en affirmant qu’il faut justement mettre en échec cette culture du crime commis par des hommes pour laver l’honneur des familles et qui vise à peu près toujours des femmes pour des motifs divers comme le refus d’un mariage arrangé, le refus de faveurs sexuelles ou une tentative de divorce lorsqu’il y a violence conjugale ou infidélité. Mais méfions-nous de la passion à « culturaliser » ces crimes. À en faire des crimes exclusifs à un groupe religieux, comprenez aux musulmans. Car il existe aussi des crimes « passionnels ». Commis chaque semaine par de bons Québécois de souche pour une séparation, un divorce ou le refus de faveurs sexuelles… Le mari, l’amant ou l’ex qui revient en pleine nuit cogner à la porte d’une femme adultère pour assouvir sa rage meurtrière ne vient-il pas lui-même d’une culture monogame judéo-chrétienne où l’infidélité est une insulte infâme? Je n’arriverais jamais à voir de l’honneur dans un meurtre. Peu importe la raison. Je n’y vois qu’un crime, ignoble et haineux qui n’a pas sa place dans une société civilisée.

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