9 février 2012
Hypothèques : et si on mettait l’accent sur l’épargne?
Par: Le Courrier

Le gouvernement fédéral envisage une nouvelle fois de resserrer l’accès au crédit pour les acheteurs de maison. Selon les solutions envisagées et véhiculées dans les médias, on mentionne de faire passer l’amortissement de 30 à 25 ans et d’augmenter la mise de fonds minimale, actuellement de 5 %, à 7,5 %.

Le gouvernement fédéral envisage une nouvelle fois de resserrer l’accès au crédit pour les acheteurs de maison. Selon les solutions envisagées et véhiculées dans les médias, on mentionne de faire passer l’amortissement de 30 à 25 ans et d’augmenter la mise de fonds minimale, actuellement de 5 %, à 7,5 %.

L’ACEF Montérégie-est reçoit régulièrement des consommateurs qui peinent à rembourser leur prêt hypothécaire. Depuis plusieurs années, nous offrons même un cours sur l’accès à la propriété. Il est vrai que les règles d’emprunt ont été trop relâchées au fil des années. Il n’y a pas si longtemps, on pouvait acheter une maison sans mise de fonds et la payer jusqu’à 40 ans dans certaines régions du pays. Même si ces critères ont été resserrés depuis 2008, la situation actuelle apparaît encore problématique. Il suffit de rappeler que le prix des propriétés a plus que doublé depuis 10 ans et que l’endettement des consommateurs n’a jamais été si haut (152 %), alors que les taux d’intérêt sont historiquement bas. Une simple augmentation des taux d’intérêt pourrait fragiliser la situation budgétaire de bien des ménages. À notre avis, le fait d’abaisser l’amortissement à 25 ans n’est pas une bonne avenue car elle restreindrait trop fortement l’accès à la propriété. Pour bon nombre de ménages, la maison représente l’actif le plus important et constitue une façon d’épargner. Pour nous, qu’une maison soit remboursée sur 30 ou 35 ans ne constitue pas un problème, tant que les propriétaires ont les moyens d’acquitter leurs versements hypothécaires. D’ailleurs, plusieurs rembourseront leur hypothèque avant échéance. Nous croyons que le gouvernement Harper devrait plutôt agir sur la mise de fonds en l’augmentant à 7,5 % ou même 10 %. Une telle mesure lancerait un message clair sur l’importance d’épargner avant l’achat d’une propriété, un message qui rejoindrait celui qu’il tient présentement au sujet des régimes de retraite. S’il désirait aller plus loin, il pourrait aussi imposer aux propriétaires de fournir une « véritable » mise de fonds, c’est-à-dire sans avoir fait l’objet d’un autre emprunt, d’une remise en argent ou d’un don. Il pourrait aussi exiger aux futurs acheteurs d’avoir en mains les sommes nécessaires pour assumer les coûts de la première année (taxe de bienvenue, notaire, évaluateur, etc.). Plusieurs acheteurs négligent cet aspect, ce qui rend les premières années suivant leur achat très difficiles. Trop d’acheteurs croient qu’il n’est pas si nécessaire d’épargner pour acheter une propriété. À notre avis, c’est là où le gouvernement fédéral devrait intervenir.

Roger Lafrance, coordonnateur ACEF Montérégie-est-30-

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