14 février 2019
Gâteries naturelles pour chiens
Les nouvelles conditions d’Olymel font taire Petit Muso
Par: Jean-Luc Lorry

Fondée en 2012, Petit Muso était une entreprise de Saint-Pie spécialisée dans la fabrication de gâteries naturelles pour chien. Photo Facebook Petit Muso

De nouvelles conditions fixées par le géant Olymel, à titre de fournisseur exclusif en abats de poulet de l’entreprise Petit Muso, ont contraint ce fabricant de gâteries naturelles pour chiens à déclarer faillite à la fin janvier, a appris LE COURRIER.

Chaque mois, cette PME de Saint-Pie recevait des entrepôts d’Olymel à Boucherville 6000 kilos d’abats composés de cœurs et de gésiers de poulet, expédiés en bloc de 5 kilos congelés.

« L’an dernier, Olymel m’a signifié que la quantité ne sera plus garantie en raison d’un manque de main-d’œuvre. En 2018, le prix de vente a aussi augmenté passant de 1,50 $ le kilo à plus de 4 $ le kilo. À ce prix-là, notre entreprise n’était plus rentable. J’étais obligé de payer pour travailler », déplore Hugo Berthiaume, copropriétaire de Petit Muso.

« Nous sommes partis de rien pour monter cette entreprise. Petit Muso était notre bébé. La décision d’Olymel nous a scié les jambes », complète sa conjointe Séphanie Kerouac.

Cet approvisionnement en abats de poulet représentait 70 % des besoins en matières premières de Petit Muso. L’entreprise faisait aussi affaire avec F. Ménard pour ses gâteries de cœur et de foie de porc. Au total, Petit Muso commercialisait quatre produits disponibles en trois formats de sachet.

« Au Québec, nous étions présents dans 90 % des détaillants spécialisés en aliments pour animaux de compagnie. Nous avions l’opportunité de nous attaquer au marché ontarien », mentionne M. Berthiaume.

Face à la situation, le couple n’a pas réussi à s’approvisionner auprès d’Exceldor, le principal concurrent d’Olymel au Québec.

« On nous a répondu que les produits visés n’étaient pas disponibles dans les entrepôts. Nous n’avions pas d’alternatives dans les autres provinces canadiennes », précise M. Berthiaume.

Faillite de plus de 100 000 $

Selon les documents rendus publics par le syndic de faillite Raymond Chabot, l’entreprise cumulait des dettes de 104 041 $.

Les réclamations des créanciers non garantis se chiffrent à 90 789 $, dont 54 000 $ de la Banque de Développement du Canada. Olymel ne semble pas avoir de factures en souffrance puisque le transformateur de viande réclame une somme de seulement 700 $.

L’unique créancier garanti dans ce dossier est la Bank of Nova Scotia qui réclame 11 299 $.

Quant à l’actif, il totalise 7202 $, dont 6000 $ en équipements.

L’aventure Petit Muso a commencé en 2012. L’idée de fabriquer des gâteries naturelles pour chiens est venue de Stéphanie Kerouac, qui était éleveuse certifiée de chihuahuas avec son conjoint.

« Au début, beaucoup de monde nous a découragés à devenir entrepreneurs. J’ai persisté et monté un plan d’affaires. Nous avons eu la chance de recevoir plusieurs subventions grâce au soutien du CLD Les Maskoutains », souligne Mme Kerouac.

En plus de la lourde décision de mettre la clé sous la porte, le couple doit composer avec la maladie puisque Stéphanie Kerouac se bat contre un troisième cancer du sein.

« J’ai toujours la fibre entrepreneuriale. Mais cette fois, la maladie freine beaucoup mes projets », souligne-t-elle.

Regrets d’Olymel

Contacté sur le dossier, le transformateur de viande Olymel, dont le siège social est à Saint-Hyacinthe, regrette que ce client local ait dû cesser brutalement ses activités.

« C’est regrettable. Nous sommes désolés d’apprendre que cette PME qui était cliente d’Olymel ait déclaré faillite. C’est une chose terrible, commente Richard Vigneault, porte-parole d’Olymel. Actuellement, on observe une hausse de la demande sur les abats de poulet que nous fournissons [gésier, foie et cœur]. Ceci exerce une pression sur le prix. »

La première assemblée des créanciers se tiendra le 21 février au bureau du syndic Raymond Chabot à Saint-Hyacinthe.

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