6 juillet 2017
Réaction à « Les forces occultes »
Par: Le Courrier

Cher Monsieur Bourassa,

La demande d’une étude d’impact sur la santé vous semble un argument fantaisiste dans le contexte d’un projet qui prévoit s’ériger sur « un vaste stationnement où l’asphalte est déjà roi et les arbres(!) quasi absents ». Une première mise au point s’impose. On parle ici de la santé de personnes qui se font exproprier d’une demeure qu’ils habitent depuis 50 ans parfois. Et il y a plus que la santé de cette courageuse résidente qui fait valoir ses droits devant la Régie et qui vous touche tant! Il y a plein d’autres personnes qui seront évincées, déplacées, et qui vivent déjà beaucoup d’anxiété. Or, nous savons qu’un déménagement est la troisième plus grande source de stress. L’étude des impacts sur la santé pourra le démontrer avec précision.

On parle aussi de la santé de tous ces résidents qui seront affectés par la gentrification anticipée, conséquence de ce projet. Sérieux. Croyez-vous que des personnes capables de se payer un logement à 1 600 $ et plus, vont avoir le même mode de vie que les résidents qui y vivent depuis longtemps? En fait, le choc entre deux cultures risque d’avoir des impacts mesurables non seulement sur la santé des résidents du centre-ville, mais pourrait bien affecter aussi ceux qu’on veut attirer dans la tour Réseau-Sélection…

La demande d’une étude d’impact sur la santé, comme celle d’une demande d’une étude sur la gestion des eaux pluviales en milieu urbain, ne sont que des moyens gratuits proposés à la ville pour examiner tous les aspects d’un tel projet. Notre argumentaire, lui, est complexe et basé sur une vision à long terme de ce que seront les prochains défis et enjeux des villes dans un contexte de changement climatique. Il ne se limite pas à vouloir casser de l’asphalte et planter des arbres (bien qu’il soit nécessaire de l’envisager d’ores et déjà). Nous voulons limiter les impacts du réchauffement en ne créant plus d’îlots de chaleur supplémentaires, surtout pas avec une tour de 15 étages. Et cela, Jacques Tétreault, président du CCCPEM, l’a fort bien expliqué, et à plusieurs reprises. Les villes de demain auront certainement des zones de densification et de requalification. Mais notre fragile centre-ville sur sa fragile rivière, doit plutôt se faire lieu de rassemblement, si on veut sauver ce qui reste. Ce n’est pas les personnes qu’il faut envoyer en périphérie, mais les automobiles! Et notre argumentaire compte beaucoup d’autres aspects. Voilà l’essentiel de notre vision. Une vision d’avenir qui compte bien participer à la revitalisation, y compris commerciale de son centre-ville. Mais pas par une furieuse course aux capitaux! 

Enfin, dernière mise au point, les ambitions cachées de « forces occultes ». D’abord, désolés de vous donner l’impression d’avoir du plaisir à souffler sur les braises de la contestation. Le seul plaisir que nous éprouvons est celui de travailler ensemble au mieux-être de tous et celui d’imaginer des moyens différents de développement. Développement qui tienne compte du tissu social, culturel et environnemental dans lequel nous voulons simplement être heureux. Sans exclure personne, dont les enfants. On n’en parle pas des enfants, mais ils nous préoccupent beaucoup. 

Quant à nos ambitions politiques, elles sont réelles pour certains. Oui, nous croyons que le projet Réseau-Sélection constitue un enjeu électoral majeur. Il y a d’autres enjeux, dont un moyen d’apporter des revenus conséquents et constants à la Ville, moyen qui semble accessoire au gouvernement municipal actuel. Mais peut-être lui prêtons-nous des intentions occultes nous aussi.

Nous avons donc formé un Conseil des Sagouines, un peu en réponse au Conseil des Sages qu’avait institué notre maire au lendemain de son élection. Mais les Sagouines font de la politique fondamentale. De la politique non partisane. Y a-t-il des femmes d’allégeance péquiste dans notre groupe? Sûrement. On ne pose pas ce genre de question qui nous a enfermé beaucoup trop longtemps dans ce piège électoraliste où on perd systématiquement le droit de parole. Et nous ne sommes pas sectaires : nous comptons sur l’appui de sympathiques Sagouins et nous les encourageons dans leur projet politique tant que l’Avenir qu’ils souhaitent pour tous les Maskoutains, soit conçu pour plus d’un mandat de quatre ans.

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