16 février 2012
Le service de téléphonie en péril pour des centaines d'abonnés
Une décision du CRTC fait craindre le pire
Par: Le Courrier

Jusqu’à 1 500 résidences de Saint-Hyacinthe et d’Upton pourraient être privées du service de téléphonie au cours des prochaines années si la décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) d’ouvrir à la concurrence les territoires des petites entreprises locales reçoit l’aval du gouvernement fédéral.

C’est du moins ce que craint l’Association des compagnies de téléphones du Québec (ACTQ). Selon elle, si le CRTC n’apporte pas de modifications à sa décision, les entreprises locales comme Téléphone Guèvremont à Saint-Hyacinthe et la Compagnie de téléphone Upton, n’auront pas les reins assez solides pour se défendre contre la concurrence et pourraient être acculées à la faillite d’ici cinq ans. Ces fermetures représenteraient la perte d’une vingtaine d’emplois locaux, dont huit à Upton.

Le noeud du problème réside dans l’obligation pour les petites entreprises de téléphonie de servir toutes les résidences qui se trouvent sur leur territoire, même celles qui sont situées dans des zones rurales, où les services coûtent plus cher à opérer. Or, cette responsabilité n’incombe pas aux grands opérateurs qui désirent faire concurrence aux entreprises locales – notamment le câblodistributeur Cogeco, qui en a fait la demande officielle -, ce qui représente un avantage concurentiel de taille. La compagnie de téléphone Upton, par exemple, compte 2 200 abonnés, dont 880 se situent en périphérie de la municipalité, dans des zones à faible densité de population. « Les gros joueurs ne veulent pas aller là, parce que ça coûte trop cher et que ce n’est pas rentable pour eux. Mais s’ils grugent tous mes clients dans les villes et villages en offrant des tarifs imbattables, je n’aurai pas d’autres choix que de fermer. Tous les abonnés en milieu rural n’auront alors plus de services », plaide Jean-François Mathieu, de la Compagnie de téléphone Upton, qui agit aussi à titre de vice-président de l’ACTQ. À Saint-Hyacinthe, Téléphone Guèvremont dessert 3 400 résidences dans les secteurs de Sainte-Rosalie et Assomption, dont environ 680 qui pourraient être laissées pour compte advenant une fermeture forcée par la concurrence.Les grands opérateurs n’ont d’ailleurs pas caché au CRTC qu’ils ne voyaient aucun intérêt à couvrir ces secteurs à faible densité de population. « Ils ont dit publiquement qu’ils ne voulaient pas desservir ces territoires-là, rappelle Serge Désy, président de l’ACTQ. Lors des audiences publiques, certains intervenants sont allés jusqu’à dire que les fermiers avaient juste à se prendre un cellulaire! »

David contre Goliath

Pour lutter à armes égales, les entreprises de téléphonie ont réclamé trois fois plutôt qu’une un moratoire auprès du CRTC, mais en vain. Le 3 février, c’est devant Industrie Canada qu’elles ont défendu leur cause. L’instance fédérale devra donner son avis au cabinet des ministres, qui prendra la décision finale.

« Nous ne sommes pas contre la libre concurrence, assure M. Mathieu. On veut toutefois que tous les concurrents aient les mêmes obligations. »Actuellement, les petites entreprises ont les ressources financières pour répondre à la demande des résidents des zones à faible densité de population parce qu’un fonds du CRTC subventionne leur « obligation à servir ». Les entreprises réclament notamment de maintenir le calcul des compensations en vigueur alors que le CRTC prévoyait réduire ces montants tout en octroyant aux petites entreprises le privilège d’augmenter la facture mensuelle des clients, afin de recouvrer les sommes perdues. « C’est dépourvu de toute logique dans un contexte de concurrence », soutient M. Désy. « Sans des modifications importantes à la politique règlementaire, le CRTC viendra briser l’équilibre en place. C’est David contre Goliath. Nous allons nous battre tant qu’il y aura de l’espoir parce que sinon, c’est la fin de nos entreprises. »

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