14 août 2014
Alain Robert ferme son petit Baluchon
Par: Martin Bourassa
Avec la fermeture du Baluchon, le centre-ville de Saint-Hyacinthe perd du même coup l’une des boutiques indépendantes qui faisait tout son charme.

Avec la fermeture du Baluchon, le centre-ville de Saint-Hyacinthe perd du même coup l’une des boutiques indépendantes qui faisait tout son charme.

Le centre-ville de Saint-Hyacinthe perdra prochainement l’un de ses visages les plus sympathiques, voire emblématiques. Après 37 ans en affaires, Alain Robert a décidé de mettre la clé dans la porte de la boutique Le Baluchon.

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C’est le coeur pourtant léger et un chocolat chaud Van Houtte à la main que le commerçant a accueilli le représentant du COURRIER dans son commerce de cadeaux, d’artisanat et de bijoux de la rue Des Cascades

« On m’a dit que tu aimais le chocolat chaud et non le café, alors c’est pour toi », a-t-il lancé d’entrée de jeu avant de répondre à mes questions.

Cette petite anecdote savoureuse illustre bien le souci du détail et la chaleur humaine dont Alain Robert a toujours fait preuve. Ces qualités personnelles lui ont permis de se démarquer et d’entretenir une relation privilégiée avec sa fidèle clientèle.

Une clientèle qui a malheureusement modifié quelque peu ses habitudes d’achat ces dernières années et qui n’a pas été épargnée par la morosité économique.

« La décision de mettre fin à cette belle aventure n’a pas été facile à prendre, mais elle s’impose maintenant. Ces trois dernières années ont été plus difficiles au niveau de la rentabilité. Je dois me rendre à l’évidence, le vent est trop fort. Pour faire un parallèle avec le cyclisme, je suis tanné de pédaler contre le vent. Je ne suis plus capable de vivre cette pression et de le faire vivre à ma famille et à mes proches. »

Visiblement, sa décision est mûrement réfléchie. C’est en janvier dernier qu’il a décidé qu’il valait beaucoup mieux passer à autre chose. Malgré un peu d’intérêt, il n’a pu trouver personne pour reprendre le flambeau, d’où la fermeture annoncée.

Celle-ci surviendra dans quelques jours, lorsqu’il aura écoulé son inventaire et vidé ses présentoirs. Ce sera alors le dernier chapitre d’une belle aventure, dit-il, en se remémorant ses premiers pas au centre-ville de Saint-Hyacinthe en 1977.

D’aventure en aventure

Natif de Cowansville, M. Robert avait tourné le dos à un emploi chez IBM à Bromont et à sa région natale pour s’installer à Saint-Hyacinthe afin de reprendre une petite boutique de produits québécois sur la rue Hôtel-Dieu.

Avec sa conjointe de l’époque, il avait acquis la boutique Lucie Casavant, rebaptisée un an plus tard Le Baluchon, sous l’inspiration de ce petit sac rempli d’objets significatifs pour qui le porte. « J’ai toujours eu un faible pour le travail des artisans québécois, les métiers d’arts et les objets faits à la main, souvent inédits. Ce sont ensuite les bijoux qui ont fait la réputation de la boutique, et je dirais humblement, le service personnalisé. Le secret de ma réussite aura peut-être été mon écoute et mon souci à bien cerner les besoins des gens. »

C’est en 1986 qu’il a déménagé sa boutique non loin de la première, sur la rue Des Cascades, en partageant, au départ, les locaux de l’horloger Sénéchal.

« Cela a donné un second souffle au commerce, raconte celui qui a toujours profondément cru au potentiel du centre-ville. Les centres-villes ont un rôle à jouer et de l’avenir. J’en suis toujours convaincu et je n’aurais pas vu ma boutique ailleurs que dans mon centre-ville. Je l’ai vu évoluer au fil des ans, progresser, régresser, prospérer, s’embellir et s’améliorer de beaucoup sous l’impulsion de certains marchands qui ont investi dans de belles rénovations. »

Il ajoute du même coup qu’il reste encore beaucoup à faire pour développer le plein potentiel du centre-ville. Il croit qu’une partie de la solution passe par les marchands.

« Il va falloir que les marchands travaillent ensemble davantage vers des intérêts communs. Ils doivent s’allier, comme les cyclistes qui se regroupent pour affronter les éléments et tirer vers l’avant toute la meute. »

Cet ardent amoureux du centre-ville ne cache pas sa déception face à la récente annonce de la Ville de restreindre la gratuité du stationnement au centre-ville par l’installation de nouveaux parcomètres et l’imposition de tarifs le week-end.

« Le centre-ville est fragile, il n’avait pas besoin de ça. Ce n’est pas en augmentant les tarifs de stationnement, aussi minimes soient-ils, qu’ils (les décideurs) vont attirer les consommateurs au centre-ville. Ils vont plutôt les éloigner. »

Où posera-t-il son baluchon?

À l’heure de la retraite forcée des affaires, il préfère se concentrer sur les beaux souvenirs qu’il chérit précieusement. « Mes clients sont devenus mes amis, dit-il. J’ai pu créer des relations humaines privilégiées avec des gens qui ont toujours été là dans les bons et les moins beaux moments, et vice-versa. Je pense entre autres à la maladie de mon fils Félix-Antoine (qui a combattu un cancer). C’est ce contact chaleureux qui m’a toujours porté et qui m’a gardé ici tous les week-ends, pendant les braderies et aux Fêtes quand j’aurais dû ou voulu être ailleurs. »

Cet automne, Alain Robert se cherchera un autre défi, une autre passion. « Je suis en recherche d’emploi et je ne sais pas ce que me réserve l’avenir. Pour la première fois de ma vie, j’ai dû faire un CV au mois de mai. Je ne suis pas indépendant de fortune, je dois et je veux encore travailler. Je suis en bonne santé et pas du tout amer face à cette décision. J’essaie de m’ouvrir un maximum d’options, mais un emploi qui me permettrait de travailler avec le public et le service à la clientèle serait peut-être ce qui me conviendrait le mieux. On verra ce qui se présentera. »

Et à tous ceux qui, comme moi, se demandent maintenant vers qui ils se tourneront pour l’emballage personnalisé de cadeaux comme seul M. Robert avait le secret, ce dernier sourit et lance l’idée de réserver une petite table au Marché public en décembre afin d’amasser des fonds qu’il remettrait à une fondation quelconque.

Décidément, voilà un homme d’exception.

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