14 février 2013
Appels d’offres et suspicion
Par: Martin Bourassa
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La reconstruction du centre communautaire Douville a été confiée à Cordev Construction, une entreprise apparentée à une dirigeante et à d’autres entreprises soupçonnées de fraude fiscale par Revenu Québec.

La Ville de Saint-Hyacinthe le sait, tout comme le ministère des Affaires municipales. Mais comme l’enquête suit son cours et que cette entreprise ne figure pas au Registre des entreprises non admissibles à des contrats publics, il faut vivre avec. Avoir des problèmes avec le fisc, cela ne fait pas de vous un mauvais entrepreneur pour autant. On dit d’ailleurs le plus grand bien des entreprises de Tony Accurso.À l’ouverture des soumissions, c’est donc la société Cordev, à titre de plus bas soumissionnaire conforme, qui est repartie avec le contrat de démolition et de reconstruction du centre communautaire Douville, estimé à 2 M$.Ce faisant, elle a coiffé 13 autres entreprises, dont ARRI Construction de Saint-Hyacinthe, deuxième plus bas soumissionnaire.À peine 6000 $ séparent les deux offres les plus basses. Ce n’est pas grand-chose, mais au jeu de l’appel d’offres public, c’est suffisant pour les départager.Même si on nous présente chaque jour ces temps-ci des cas de collusion, de corruption et de copinage à la Commission Charbonneau, l’appel d’offres public est ce que l’on a trouvé de mieux, à ce jour, pour encadrer l’octroi de contrats d’approvisionnement des organismes publics. Certes, ce système n’est pas parfait et n’est pas à l’abri des magouilles. Mais règle générale, quand une municipalité gère convenablement le processus et que les soumissionnaires se conforment aux règles, les résultats sont probants. Et en cas de doute, il est toujours possible de remonter la filière, de comparer les soumissions entre elles et de tirer des conclusions. Ce processus laisse des traces.En cas de besoin, on peut se rabattre sur du concret et ces preuves sont de nature publique puisque les municipalités n’ont habituellement rien à cacher. J’écris habituellement, car il y a des exceptions. Localement, j’ai encore du mal à comprendre par quel tour de passe-passe on a donné en 2010 le contrat de construction du centre aquatique au deuxième plus bas soumissionnaire. La Ville de Saint-Hyacinthe a toujours refusé de rendre publique la ventilation du pointage qui aurait favorisé la firme locale au détriment du plus bas soumissionnaire de Drummondville. De ce fait, elle a entretenu, voire alimenté le doute sur cette sélection controversée faite en privé. Dans la même veine, j’ai peine à croire que cette même ville puisse endosser financièrement un projet de construction comme celui du Centre de développement pharmaceutique (CDP) sans avoir eu de droit de regard sur le processus de sélection de l’entrepreneur à qui l’on a donné en privé le généreux contrat de 14 M$.À quoi bon tourner le dos volontairement au processus d’appel d’offres public si en fin de compte on favorise une entreprise de Montréal et non d’ici? Opter pour l’appel d’offres public et dévoiler les soumissions que l’on prétend avoir obtenues de différentes firmes, mais que l’on cache au public, aurait généré moins de suspicion.

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