14 juin 2012
Augustin-Norbert Morin : l’homme-orchestre (1)
Par: Le Courrier
Augustin-Norbert Morin et Adèle Raymond, probablement au début des années 1860, par le Studio Livernois à Québec. [ACHSH]

Augustin-Norbert Morin et Adèle Raymond, probablement au début des années 1860, par le Studio Livernois à Québec. [ACHSH]

Les dictionnaires de la langue française s’accordent pour citer, au sens figuré, la définition d’un homme-orchestre comme étant une personne possédant des compétences multiples. C’est le cas de l’avocat, journaliste, politicien, professeur, juriste… et agriculteur Augustin-Norbert Morin.

Les dictionnaires de la langue française s’accordent pour citer, au sens figuré, la définition d’un homme-orchestre comme étant une personne possédant des compétences multiples. C’est le cas de l’avocat, journaliste, politicien, professeur, juriste… et agriculteur Augustin-Norbert Morin.

Né à Saint-Michel-de-Bellechasse le 13 octobre 1803, fils d’Augustin Morin et Marie-Anne Cottin, on note que le prénom « Norbert » est absent de son acte de baptême. Le 28 février 1843, il marie Adèle Raymond, fille de Joseph Raymond et Marie-Louise Cartier, de Saint-Hyacinthe. Ayant appris le métier de journaliste aux côtés de Ludger Duvernay, il débute sa carrière de politicien avec Louis-Joseph Papineau, Denis-Benjamin Viger et Louis-Hyppolite La Fontaine et deviendra même copremier ministre en 1852. Apprécié à titre de juriste, on le nomme doyen de la faculté de droit à l’Université Laval en 1854, juge de la Cour supérieure du Bas-Canada en 1855 et un des cinq réformateurs du code civil en 1858, son dernier mandat professionnel puisqu’il décède le 27 juillet 1865. Le Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe conserve plusieurs documents personnels ayant appartenu à Augustin-Norbert Morin, sauvegardés par son épouse Adèle et remis au Séminaire de Saint-Hyacinthe grâce à l’intervention de Mgr Joseph-Sabin Raymond, supérieur de l’institution et frère d’Adèle. Ces trésors archivistiques nous font connaître l’homme à travers ses notes personnelles et nous font réaliser que si l’historien Éric Bédard, dans son livre « Les Réformistes », mentionne que Morin est un « être réflexif [et un] homme effacé », souvent absent de l’avant-scène politique, c’est qu’il a tellement d’autres occupations en parallèle que même son corps lui joue des tours et il doit soigner des crises de rhumatisme aigües. Voyons comment s’est déroulée sa carrière mouvementée. Aîné d’une famille de 11 enfants, il est remarqué dès son jeune âge par le curé de Saint-Michel-de-Bellechasse, l’abbé Thomas Maguire (qui sera nommé directeur au Séminaire de Saint-Hyacinthe à la fin des années 1820). Il part étudier au Séminaire de Québec et s’avère un élève studieux, mais plutôt introverti. Durant ses études, il côtoie Étienne Parent, futur journaliste et politicien, avec qui il aura une longue relation parfois houleuse. Dès l’âge de 23 ans, il tente sa chance en fondant un modeste journal qu’il nomme « La Minerve », mais ses finances limitées le forceront à le vendre à Ludger Duvernay, qui lui demandera quand même sa collaboration à titre de rédacteur durant les dix années qui suivirent. Après avoir obtenu son brevet d’avocat en 1828, il s’intéresse autant au droit qu’au journalisme et ses textes évoluent vers une pensée politique articulée. Malgré son jeune âge, il réalise qu’une de ses principales préoccupations concerne le développement d’une agriculture industrielle qui, selon lui, permettra à la population canadienne-française de se démarquer dans cette sphère d’activités. Dès 1830, à l’âge de 27 ans, il achète six lots de terre dans une région « éloignée » derrière le village de Saint-Jérôme. Il s’activera durant les 25 années suivantes à développer une agriculture qui ne visera pas seulement la subsistance, mais élaborée de façon à fournir de la matière première à des moulins industriels, dont il souhaite la construction à proximité. Dotés d’équipements à la fine pointe de la technologie (du milieu du XIX e siècle évidemment!), cette petite industrie sera apte à transformer les produits agricoles régionaux, en vue d’une consommation autant humaine qu’animale, puisqu’il faut bien entretenir les animaux pour qu’ils collaborent à cette chaîne alimentaire industrielle. Dans ses notes manuscrites, on trouve la mention suivante : « Supposez que je ne fasse pas travailler cette [sic] automne (1830) et que j’aie les moyens de le faire le printemps prochain, je devrai commencer vers la fin de mai. Les jours sont longs, les eaux sont retirées, et les journaliers n’ont pas d’ouvrages. Il y aurait donc du profit à saisir ce tems [sic] ». Par la suite, il ajoute : « Mon voyage de pêche en octobre 1830 (dont le coût total est d’environ 4 livres) a servi du moins à me procurer beaucoup de renseignements qui pourront m’épargner de fausses dépenses dans l’exploitation de mes terres ». Il planifie même l’assolement de ses terres pour les dix prochaines années. Mais ces dix années ne se passèrent pas exactement comme il l’avait planifié!

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