5 juillet 2012
Augustin-Norbert Morin : l’homme-orchestre à Saint-Hyacinthe (4)
Par: Le Courrier

Le dernier volet de cette chronique sur Augustin-Norbert Morin se termine à Saint-Hyacinthe. Plusieurs chercheurs voudraient bien trouver la preuve qu’Augustin-Norbert Morin a habité la ville maskoutaine. Pour cela, il faut passer par Québec.

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Le dernier volet de cette chronique sur Augustin-Norbert Morin se termine à Saint-Hyacinthe. Plusieurs chercheurs voudraient bien trouver la preuve qu’Augustin-Norbert Morin a habité la ville maskoutaine. Pour cela, il faut passer par Québec.

Les obligations professionnelles d’Augustin-Norbert Morin, qui abandonne définitivement la politique au profit du droit, l’obligent à déménager à Québec. En 1856, il choisit un terrain situé sur la rue d’Auteuil pour y faire construire une grande demeure de trois étages. C’est là qu’il s’attaque au volumineux dossier de la révision du Code civil, en plus de jouer son rôle de doyen de la faculté de droit à l’Université Laval. Mais progressivement, il doit s’absenter de ses fonctions universitaires pour des raisons de santé. Nous savons que le couple vend la maison de la rue d’Auteuil en 1860, mais semble continuer à demeurer à Québec, puisque deux lettres d’Adèle à un de ses frères, en septembre 1862 et février 1864, proviennent de cette ville. Dans la première lettre, elle mentionne qu’elle envoie par chemin de fer des melons et des pommes de son jardin. Pourtant, Morin a vendu ses terres du Nord au docteur Benjamin Lachaîne en 1861, se permettant quand même d’y séjourner durant l’été. Aurait-il acheté une plus petite maison avec un jardin, ailleurs à Québec, ou les fruits proviennent du Nord? Dans la seconde lettre, Adèle se plaint qu’une fois de plus, une tempête de neige tombe sur la ville de Québec. Nous avons une piste qui nous porte à croire qu’Augustin et Adèle sont déménagés à Saint-Hyacinthe à l’automne 1864. Dans une lettre que Morin adresse à George-Étienne Cartier en octobre 1864, il explique qu’un juge doit absolument être nommé pour le district de Saint-Hyacinthe, suggérant la candidature de Magloire Lanctôt, du cabinet Chagnon et Sicotte. Cette lettre mentionne clairement qu’elle provient de Saint-Hyacinthe. Le 27 juillet 1865, Augustin-Norbert Morin décède subitement « d’une crise d’apoplexie » lors d’une visite à Sainte-Adèle. Pourtant, ses funérailles sont célébrées à l’église Notre-Dame-du-Rosaire de Saint-Hyacinthe, où plusieurs distingués personnages de la région et du monde politique y assistent. C’est François Langelier, son collègue professeur à l’Université Laval (ancien étudiant du Séminaire de Saint-Hyacinthe et futur lieutenant-gouverneur du Québec), qui prononce l’oraison funèbre. Sur l’acte de sépulture de Morin, on reconnaît les signatures de Thomas d’Arcy McGee, George-Étienne Cartier, Étienne Parent et Pierre-Joseph-Olivier Chauveau. Une autre piste nous indique que le couple louait une maison à Saint-Hyacinthe car, après le décès d’Augustin, sa veuve s’inquiète au juge Berthelet, chargé de la succession, de la mécanique entourant son déménagement rapide, étant donné l’urgence de quitter la maison où elle demeure, « louée pour le 1 erseptembre ».Quelque temps plus tard, Adèle Raymond-Morin décide de léguer l’immense collection de livres de droit et d’agriculture à des institutions scolaires, ne se résignant pas à tout vendre à l’encan. Son frère Joseph-Sabin, qui est supérieur au Séminaire de Saint-Hyacinthe, propose de prendre les livres de droit. Il ajoute que « [comme] Mr Morin sera considéré comme notre bienfaiteur, nous […] rappelleront [sic] sa mémoire dans les occasions ». Cela convient à Adèle qui considère ce geste comme une marque de respect. Elle léguera donc plus de 1 800 livres à l’institution maskoutaine, ainsi que la documentation personnelle de son mari, qui constitue de nos jours le précieux fonds Augustin-Norbert Morin conservé au Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe. Décidée de demeurer à Saint-Hyacinthe, Adèle s’installe dans la maison de sa soeur Odile qui, en 1863, avait reçu en héritage de sa tante Marie-Anne Cartier (la veuve Dorion de notre texte précédent), une magnifique maison à deux logements située sur la rue Girouard à Saint-Hyacinthe, au coin de la rue Désaulniers. Adèle Raymond survivra à son mari durant plus de 20 ans et pendant toutes ces années, elle habitera cette maison. Elle rejoint finalement son époux dans la crypte de l’église Notre-Dame-du-Rosaire en 1889. En 1984, des travaux de réfection du sous-sol de l’église obligent à vider la crypte. Après quelques négociations avec des membres de la famille Morin, les deux cercueils sont finalement transférés au cimetière de Sainte-Rosalie. Des démarches sont entreprises pour installer un monument à cet endroit, mais des problèmes financiers feront achopper le dossier. Aujourd’hui, une plaque funéraire rappelle bien modestement le souvenir de ce grand couple, mais les documents qu’ils ont légués à la postérité sont là pour en témoigner.

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