28 mai 2020
Éditorial
Aux commerçants de choisir
Par: Martin Bourassa

Une partie de la rue des Cascades piétonne, donc interdite aux voitures, du jeudi au dimanche toutes les fins de semaine de juin à Saint-Hyacinthe. Voilà la solution imposée par la Ville de Saint-Hyacinthe pour sortir du bourbier dans lequel elle s’enfonçait depuis une semaine et qui divise le centre-ville.

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Par rapport à la première version du projet pilote, il s’agit d’un moindre mal. C’est mieux que de penser à rendre cette rue piétonne sept jours sur sept pendant 12 semaines, une durée démesurée pour une idée aussi controversée. Ce que l’on retiendra de cet épisode? Encore l’incompréhension, voire la maladresse, du maire Claude Corbeil et de son administration quand il est question du centre-ville. Et leur manque de considération à l’égard des marchands. Ceux-ci n’ont pas eu leur mot à dire dans l’élaboration du projet pilote ni dans le plan B.

Essayons d’abord d’y voir clair dans le débat qui fait rage avec une intensité peu commune entre les partisans de la piétonnisation et les opposants. C’est laid et cela laissera des traces.

C’est la Société de développement du centre-ville (SDC) qui a parti le bal le mardi 19 mai en ébruitant la première version du projet pilote. Étonnamment, le soir même, pas un traître mot à ce sujet n’a émané de l’assemblée du conseil municipal de Saint-Hyacinthe. Même le conseiller du centre-ville, Jeannot Caron, n’a pas claironné la nouvelle. Et les élus, qui approuvent toujours par résolution les fermetures de rues pour des activités tels les Week-ends à Manon, n’ont pas cru nécessaire de le faire avec une Cascades piétonne pour trois mois.

Ce silence est d’autant plus suspect que ce projet pilote émanait de la Ville, selon la présidente de la SDC, Jausée Carrier. Au COURRIER, elle s’était empressée de dire que son organisme (son c.a.) n’avait fait que donner son appui à une initiative du conseiller Caron, soucieux de veiller à la santé et à la sécurité de la clientèle du centre-ville. Mais le jeudi 21 mai, avec la sortie du COURRIER, la contestation a éclaté au grand jour.

Des marchands ont tiré à boulets rouges sur le projet pilote en disant n’avoir jamais été consultés, ce qui ressemble pourtant à une tactique municipale éprouvée. Le commerçant Stephan Rhéaume a mobilisé des opposants. Résultat? Le vendredi 22 mai, un communiqué commun de la Ville de Saint-Hyacinthe et de la SDC annonçait la suspension d’un projet pilote qu’ils n’avaient pourtant pas pris la peine de présenter d’une même voix au départ. Il faut obtenir une réelle acceptabilité sociale avant d’aller de l’avant, disaient-ils, sans préciser pour quelle raison ce principe n’a pas été appliqué dès le départ. Puis, lundi soir dernier en plénière, une majorité d’élus ont convenu d’une piétonnisation les week-ends de juin, sans se soucier davantage de l’acceptabilité du plan de sortie de crise.

Apportons donc notre contribution au débat. D’abord, la tempête était écrite dans le ciel. Il y a des années que l’idée de rendre une partie de la rue des Cascades piétonne circule et qu’elle ne fait pas l’unanimité. Que l’on soit présidente de la SDC ou un élu, il faut être assez déconnecté des réalités maskoutaines pour penser qu’imposer un tel projet sans avoir sondé les commerçants ne déclencherait pas une guerre atomique.

Nous sommes d’avis qu’une décision de cette importance n’appartient pas au c.a. de la SDC, ni aux élus et encore moins à tous ceux qui s’improvisent spécialistes du commerce et de l’urbanisme en pensant que la piétonnisation de la Cascades sera une panacée.

Si la Ville souhaitait de la nouveauté, elle aurait dû d’abord consulter les commerçants du centre-ville, puis soumettre une proposition au vote des marchands. Ils sont les mieux placés pour savoir ce qui est bon pour eux et pour leur clientèle. Celle-ci a d’ailleurs tout le loisir de les influencer.

Mais lancer un projet pilote de douze longues semaines ou même d’un mois en juin quand on ignore ce que le gouvernement annoncera chaque jour à 13 h et de quoi demain sera fait (quand et comment les bars, les restaurants et les salles de spectacles vont rouvrir), c’est au mieux précipité. Au pire insensé. Mais le faire sans mettre les marchands du centre-ville dans le coup, c’est leur manquer de respect. Car une fois la curiosité passée, quel sera l’attrait d’une rue des Cascades piétonne sans animation, sans braderie, sans Rendez-vous urbains, sans terrasses et sans spectacles au Centre des arts? Boudée, elle sera certes sécuritaire, surtout le dimanche. À l’heure du bilan, on dira que l’idée avait du potentiel, mais que le moment était mal choisi. La piétonnisation ne durera sans doute pas, mais les rancœurs et l’amertume, oui.

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