28 janvier 2016
Selon la Régie du bâtiment
Centre aquatique : des installations non conformes
Par: Jean-Luc Lorry
Centre aquatique : des installations non conformes

Centre aquatique : des installations non conformes

Une rampe métallique en partie immergée dans l’un des bassins du Centre aquatique Desjardins qui est destinée aux personnes à mobilité réduite pourrait compromettre la sécurité des ­baigneurs, selon la Régie du Bâtiment du Québec. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Une rampe métallique en partie immergée dans l’un des bassins du Centre aquatique Desjardins qui est destinée aux personnes à mobilité réduite pourrait compromettre la sécurité des ­baigneurs, selon la Régie du Bâtiment du Québec. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Les installations actuelles du Centre aquatique Desjardins de Saint-Hyacinthe ne respectent pas toutes les normes en vigueur en matière de sécurité dans les bains publics, selon la Régie du bâtiment du Québec (RBQ).

Lors d’une inspection effectuée en ­octobre 2014, les enquêteurs de la Régie ont identifié pas moins de six déficiences. Parmi celles-ci, trois concernent ­spécifiquement l’aménagement des bassins.

Des avis de corrections et de défectuosités ont d’ailleurs été adressés à la Ville de Saint-Hyacinthe, propriétaire des lieux. La RBQ lui demande de « rendre conformes les escaliers vis-à-vis de la rampe d’accès au bassin récréatif, ­d’éliminer les mains courantes installées sur les murets de la rampe d’accès et ­d’éliminer les mains courantes et les ­murets immergés dans l’eau de la ­piscine ».

Selon le Règlement sur la sécurité dans les bains publics, « un escalier ne doit pas faire saillie dans la piscine, les surfaces immergées de la piscine doivent être lisses et l’eau de la piscine doit être ­maintenue libre de toute matière ou objet pouvant compromettre la sécurité des baigneurs », mentionnent les avis adressés à la Ville.

Or, un an après la réception des avis, la municipalité n’a pas encore apporté la moindre modification au bassin récréatif, a confirmé au COURRIER, Brigitte Massé, directrice des communications à la Ville de Saint-Hyacinthe.

« Ce n’est pas exceptionnel de recevoir des avis et nous sommes toujours en ­discussion avec la RBQ. La Ville a proposé différentes mesures et un échange de ­correspondance se poursuit. Ce dossier ne peut se régler en l’espace de quelques jours. Le délai ­s’explique par nos démarches entreprises auprès de la Régie. »

Une baigneuse se blesse

L’intervention de la Régie du bâtiment au Centre aquatique Desjardins fait suite à un incident particulier qui est survenu en février 2014.

On se souviendra qu’une adolescente de 15 ans s’était alors infligé des blessures sérieuses en sautant dans le bassin ­récréatif à partir d’une zone réservée à la surveillance. Dans sa chute, elle avait heurté une rampe métallique en partie immergée et destinée aux personnes à mobilité réduite.

En octobre de la même année, la tutrice de la jeune victime avait déposé une ­poursuite en dommages de 600 000 $ à l’endroit de la Corporation aquatique maskoutaine (CAM), l’organisme responsable de la gestion et des opérations du centre.

Ce sont les assureurs de la Corporation, en l’occurrence la société BFL Canada, qui ont pris le dossier en charge et confié la défense de la CAM au cabinet Robinson Sheppard Shapiro de Montréal. Ce ­dernier a ensuite fait appel à l’expertise de la firme Technorm, spécialisée en ­sécurité des bâtiments, pour déterminer si les ­installations du centre aquatique ­respectent les normes en vigueur.

Ce rapport élaboré à la suite de visites effectuées en décembre 2014 et janvier 2015 semble confirmer le constat de la RBQ, a constaté LE COURRIER.

Dans ses conclusions, l’ingénieur Marc-André Langevin s’est principalement ­référé aux avis de correction et de ­défectuosités de la RBQ. « Nous sommes d’opinion que trois non-conformités sont présentes relativement à la construction de la piscine à l’étude et qui relèvent d’une conception ne respectant pas la réglementation applicable, à savoir : la présence d’une main courante sur le côté de la rampe et de l’escalier, la présence d’une main courante sur le mur de la piscine et l’escalier en saillie dans la piscine. »

M. Langevin termine son rapport en ­précisant que « la déficience ayant été un facteur dans l’accident de la baigneuse est celle en relation avec un objet (main courante) dans la piscine qui représente un risque pour les utilisateurs ».

Ce rapport semble d’ailleurs contredire les prétentions des procureurs de la ­Corporation aquatique dans leur réplique aux demandeurs. « La rampe ­métallique en litige à l’usage des personnes handicapées est visible et ne constitue en rien un danger. D’ailleurs, la présence d’une telle rampe dans le bassin d’une ­piscine n’est pas exceptionnelle ou ­imprévisible », peut-on lire dans la défense de la CAM datée du 14 août 2015, soit six jours avantla production du rapport ­d’expertise de Technorm.

En entrevue au COURRIER, le directeur général de la CAM, Antonin Forget-­Besnard, a cherché à atténuer la portée des observations de la RBQ et des experts mandatés par ses propres assureurs en ­insistant sur la sécurité des installations en place.

« À la lumière du rapport de la firme ­Technorm et à la suite de l’inspection ­effectuée par la Régie du bâtiment, rien ne permet d’affirmer que la sécurité des ­baigneurs est compromise », assure M. Forget-Besnard.

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