23 août 2012
Claude Marchesseault sous les projecteurs…
Par: Le Courrier

Après plus de 55 ans d’engagement profond passé aux comités et aux conseils d’administration qui ont mis en place des projets porteurs à Saint-Hyacinthe, en Montérégie et ailleurs, Claude Marchesseault s’est retiré de l’arène où chacun lutte pour ses idées. Ou presque. Car rapidement, son expertise a été sollicitée. Avec son bagage du passé, les deux pieds bien ancrés dans le présent, il apporte des conseils éclairés et résolument modernes : pour survivre, l’idée doit s’adapter à son temps et aux changements. Un peu comme nous, quoi.

On a appris ce printemps que vous preniez une sorte de retraite communautaire en délaissant certains conseils d’administration. Un Claude Marchesseault à la retraite, ça ressemble à quoi?

C’est une transformation totale, qui ne se vit pas facilement. Ça m’a tellement nourri, tous ces contacts avec des gens extraordinaires. Les gens de services, ce sont des bâtisseurs. Et il y a un plaisir incroyable à travailler avec des bâtisseurs. Ce sont des gens animés par la volonté de servir, et non de se servir.

Maintenant, ma journée commence par la lecture de cinq journaux. Je lis sur l’ensemble des sujets, parce que je me suis nourri d’idées pendant 57 ans et on ne peut pas couper ça du jour au lendemain. Puis, certains groupes m’ont demandé mon expertise pour les conseiller. Je ne refuserai jamais le téléphone d’un groupe avec lequel j’ai travaillé pendant 15 ou 20 ans. Je cède ma place aux jeunes, mais je demeure un genre de mentor, un collaborateur avec expertise.

Les grands bâtisseurs, ce sont aussi des gens de tous les horizons, qui ont chacun leur vision des choses. Comment parvenez-vous à vous entendre?

On s’engueule! Mais on se respecte! C’est ça la clé. Il n’y a pas de changement s’il n’y a pas de respect. Ça veut dire que j’écoute, que je n’ai pas de vérité. J’ai quelque chose à dire et je le partage avec l’autre. C’est dans le respect qu’on va chercher des adhérents, ce n’est pas dans l’affirmation ou l’autorité.

Sentez-vous qu’il y a une relève intéressée à suivre vos pas et à s’investir dans le bénévolat?

Je crois que c’est une valeur aussi présente qu’avant, mais de façon différente. Aujourd’hui, les gens veulent savoir ce que leur engagement va donner avant même de commencer. Que ce soit des jeunes ou des moins jeunes, il faut que leur temps produise quelque chose. Ça change la game, mais la relève est là.

On dit des jeunes, et on l’a répété ces derniers jours lors de la campagne électorale, qu’ils sont paresseux. Est-ce votre opinion?

Je suis particulièrement fier de la jeunesse. Toute ma vie, j’ai travaillé à lui donner une place. De dire que la jeunesse est paresseuse, c’est une gifle en plein visage, c’est une déclaration désastreuse. C’est inacceptable de penser ça. S’il y a quelque chose dont je suis fier, c’est justement de constater le nombre incalculable de jeunes Maskoutains et Maskoutaines qui sont des leaders. Et ça, c’est une police d’assurance pour le Saint-Hyacinthe de demain.

Vous avez travaillé chez Desjardins pendant plus de 40 ans. Avec le recul, est-ce que la fusion des caisses de Saint-Hyacinthe a été une bonne chose?

Oui. Le Québécois, urbain ou rural, se doit d’avoir des institutions financières qui lui assurent un service sécuritaire et technologique à la fine pointe. Le mouvement coopératif Desjardins est né dans le Québec d’autrefois. C’est évident que comme toute entreprise, il a dû s’adapter à de nouvelles réalités. Desjardins, fort de son ancrage et de sa solidarité de tous les instants avec les milieux, se devait de prendre cette décision et de s’affirmer comme une entreprise qui serait là dans le monde moderne. Toutefois, le phénomène du regroupement pose des défis. Il faut de l’écoute, parce qu’en étant moins près des gens, on devient aussi plus fragile.

Quel est le meilleur conseil qu’on vous ait donné dans la vie?

Tous les jours, j’ai reçu des conseils, parce que j’ai fréquenté des gens engagés. Des gens qui m’ont demandé d’être plus modéré, d’attendre le bon moment, d’être patient. Les gens engagés, ce sont des gens qui croient au monde, qui croient que l’humain change l’humain.

Quand vous regardez derrière, de quoi êtes-vous le plus fier?

Moi, je n’ai rien réalisé. J’ai contribué à changer les choses. Ma plus grande fierté, c’est d’avoir été partenaire avec des développeurs, avec des gens préoccupés de jeter des bases pour des changements nécessaires, avec des gens voulant bâtir une société plus porteuse et respectueuse des valeurs de son milieu.

La question à laquelle vous auriez voulu répondre?

Je veux parler de la presse écrite et plus particulièrement de la presse locale. Si aujourd’hui, il y a tant d’indifférence, c’est parce que beaucoup de gens ne savent plus ce qui se passe dans leur milieu. Pour moi, la presse locale joue un rôle inestimable pour notre population. C’est important d’avoir des éditoriaux sur l’actualité locale parce que ça amène les gens à réfléchir, à se poser des questions, à discuter et à avancer. Et ça, c’est nécessaire et c’est sein. Je lève mon chapeau au Courrier de Saint-Hyacinthe qui a maintenu le cap pendant 160 ans. Et des années viendront encore s’ajouter dans la mesure où le journal va demeurer le reflet de notre vie. De notre vie tumultueuse.

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