12 juillet 2018
Carte blanche
Couillard fest
Par: Christian Vanasse

Fut un temps où l’été constituait une pause de la politique. Après la St-Jean, on n’en parlait plus jusqu’à la rentrée. Et les politiciens redoutaient de rompre cette trêve non écrite, mais sacrée afin de laisser les contribuables se reposer l’électeur entre deux gorgées de sangria sur le bord de la piscine. Ils n’allaient surtout pas déclencher d’élections dans la belle saison, sacrilège ultime, des affaires pour que l’électeur vote fâché après avoir échappé sa sangria dans le pas-creux. 

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Mais comme la météo nous le rappelle souvent, les temps changent rapidement. Avec des élections à date fixe, l’été est devenu un champ de bataille entre les fraises hâtives et le maïs tardif. Serrage de main, flippage de boulette et sorties publiques « improvisées » où, ô quel hasard, le politicien décontract et sans cravate croise des médias en mal de nouvelles.

Dans des mises en scène soignées, le politicien se donne en spectacle en plein air ou en salle climatisée, profitant même du festival du rire commandité et ses tribunes pour y présenter leur plus récent numéro solo. Au Zoofest, une humoriste a partagé la scène avec le chef du parti libéral, Philippe Couillard, pour une entrevue d’une heure. Un privilège que les journalistes n’ont jamais eu.

Sous forme d’entretien badin, Phil, pour les intimes, confie qu’il aime sa femme, la pizza all dress, que Tyrion est son personnage préféré dans Game Of Thrones et qu’au fond, il est comme tout le monde : un gentil médecin qui a sauvé des centaines de vies, mais qui refuse maintenant une fortune pour être tout entier au service du peuple. Ah, ce Philou, quel bon gars.

Et le public de rire, d’applaudir et s’esclaffer, inconscient du spectacle inversé. Car, dans cette habile mise en scène, c’est le politicien qui se moque de lui.

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