28 mai 2020
Finissants en arts visuels et médiatiques
Créer une exposition en temps de confinement
Par: Maxime Prévost Durand

Delphine Daraîche

Anthony Moreau

Sarah Gagné-Lagacé

Tout était en place, à la mi-mars, pour que les finissants du programme d’arts visuels et médiatiques du Cégep de Saint-Hyacinthe entament la création de leur œuvre finale. Celle-ci devait ensuite être présentée à Expression, Centre d’exposition dans le cadre de l’exposition Pour être honnête. Mais la fermeture des établissements scolaires est venue tout chambouler.

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C’est donc chez eux qu’ils ont dû mettre la main à la pâte, et parfois même revoir complètement leur œuvre pour des raisons logistiques, en vue d’une exposition qui se tient finalement virtuellement.

« Ça a été un gros casse-tête », concède Marie-Ève Charron, responsable de la coordination du programme d’arts visuels et médiatiques.

Tous les étudiants étaient bien avancés dans leur processus créatif. Pendant six semaines, ils avaient réalisé le travail de recherche, la définition des étapes de création et la préparation du devis. « Quand le cégep a fermé, ils étaient rendus à réaliser le projet », soutient Mme Charron.

Les finissants n’avaient donc plus accès au matériel qui leur était destiné dans les locaux de cours, un enjeu majeur qui a forcé près du tiers d’entre eux à repartir de zéro. Les autres ont pu concrétiser leur idée première à partir de matériaux qu’ils avaient à porter de la main, chez eux, et qui leur permettaient d’aller de l’avant avec leur plan initial.

Bien consciente de la réalité des finissants en pareil contexte, la responsable de la coordination du programme n’avait que des éloges à leur faire. « Je suis épatée de la persévérance dont ils ont fait preuve », souligne justement Marie-Ève Charron.

La réalité étant ce qu’elle est, tout le travail réalisé par les finissants dans les deux derniers mois ne peut être exposé à Expression, au grand désarroi des étudiants. « On s’est rendu compte en avril que ça n’allait pas être possible, qu’il ne pourrait pas y avoir de rassemblement, poursuit Mme Charron. Un site Internet a été créé pour néanmoins exposer leurs œuvres. Ce n’est pas le projet réel, ce sont des documents et des photos, mais ça permet tout de même de découvrir les projets. »

Pour recréer l’expérience du vernissage, un événement privé sur Zoom réunira l’ensemble des 21 finissants d’arts visuels et médiatiques. Le directeur général du cégep, Emmanuel Montini, doit même prononcer un discours.

L’exposition Pour être honnête, regroupant les œuvres des 21 finissants en arts visuels et médiatiques, est disponible depuis le 21 mai à l’adresse www.pouretrehonnete-expo.com.


Malgré les nouvelles contraintes liées au confinement, Delphine Daraîche a réussi à ériger une murale de plâtre et de bois composée de 300 yeux. Son projet, intitulé Je raconte tout mon cœur, représente un autoportrait et témoigne d’une introspection personnelle sur l’art d’être vulnérable.

« Avant que les écoles soient toutes fermées, j’ai eu le temps d’aller chercher une partie du matériel dont j’avais besoin pour faire mon œuvre », souligne-t-elle.

La contrainte d’espace, en réalisant le projet à la maison, et l’accès limité à du matériel l’ont toutefois amenée à revoir l’ampleur de la murale. « Mon œuvre comporte 300 yeux, mais au départ, c’était environ 675 yeux qui devaient être sur la murale. Le résultat final ne correspond pas à ce que j’aurais aimé faire dans des circonstances normales, mais en prenant compte de la pandémie, je dirais que j’ai dépassé mes attentes. »

Le fait de concevoir un tel projet chez soi a également eu des conséquences pour les autres occupants de la résidence. « La poussière faite par le plâtre et le plancher collant pendant plus d’un mois en ont dérangé quelques-uns chez moi », avoue-t-elle.


Pour sa part, Anthony Moreau fait partie de ceux qui ont dû revoir leur concept de création.

Il devait initialement créer une structure de huit pieds de haut, représentant un grand portail avec une porte ouverte au centre « qui représentait la double face d’un individu quant à sa vie sexuelle », d’une part sobre et de l’autre fleurissante. Mais, n’ayant plus accès à l’atelier de bois du cégep, cela devenait impossible.

Une virée au Dollarama, pour trouver certains matériaux, l’a amené à imaginer une collection d’objets précaires provenant d’une civilisation fictive, qui aborde les réalités sexuelles actuelles.

« Je suis tombé sur une pile de bambous, raconte-t-il. Cette longue tige de bois m’a fait penser à une lance, et cette même arme a fait naître dans mon esprit une métaphore sur la chasse que font les hommes sur les plans relationnel et sexuel. »

La plupart des objets qui forment aujourd’hui sa collection ont été créés par intuition, en manipulant la matière, soutient-il. Malgré le bouleversement occasionné par la pandémie et le stress relié à la reprise des études dans un contexte bien différent, Anthony a réussi à laisser aller son esprit créatif en lâchant prise.

« Le stress n’était pas nécessaire. Tout ce dont j’avais besoin, c’était de me permettre d’avoir du plaisir à faire mon œuvre. Une fois que j’ai changé la vision que j’avais sur mon projet et que j’ai diminué le poids que je mettais sur mes épaules, tout a commencé à bien aller. »


De son côté, Sarah Gagné-Lagacé a adapté son projet initial à partir des contraintes du confinement. Nommée La poule ne doit pas chanter devant le coq, son œuvre juxtapose des liens entre la vie de basse-cour d’une poule et l’environnement domestique d’une femme au foyer des années 1950.

Cette œuvre devait évoluer sous ses yeux avec le temps, mais elle a dû user d’une approche différente pour arriver au résultat final, « en créant des petites choses ici et là, ne sachant pas de quoi ça aurait l’air. »

« Ce n’était pas exactement ce que j’avais illustré sur mon croquis de départ puisque mon projet était destiné à se modifier au fil du temps, mais je suis quand même énormément satisfaite du résultat et je suis contente de dire que j’ai accompli tout ça en plein confinement. »

Son plus grand défi aura été de combattre l’absence de motivation alors que l’environnement de création n’avait rien à voir avec celui d’un contexte académique.

« Travailler seule, dans le silence, dans un salon qui n’est pas adapté pour faire d’énormes travaux d’art n’est pas la chose la plus motivante », confie-t-elle.

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