24 septembre 2015
Cynisme extrême
Par: Martin Bourassa
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Ce n’est pas tous les jours qu’un conseil municipal envoie promener une partie de sa population.

C’est pourtant le triste spectacle que nous avaient réservé les élus de la Ville de Saint-­Hyacinthe, lundi soir, pour se sortir d’un guêpier dans lequel ils s’étaient ­eux-mêmes empêtrés dans le dossier E.T. Corset.

Pour résumer les faits simplement, ­rappelons qu’à la fin juin le conseil avait fini par donner son aval à la démolition de l’usine E.T. Corset. Sauf qu’il avait ­assorti sa résolution d’une série de conditions pouvant, en principe, empêcher sa destruction.

La Ville de Saint-Hyacinthe avait donc elle-même dicté les règles du jeu et laissé la porte entrouverte aux opposants et aux défenseurs du patrimoine.

Ces derniers ont joué le jeu, se sont pliés aux exigences de la Ville et ils se sont mobilisés deux fois plutôt qu’une. Tant et si bien qu’ils ont réussi à amasser assez de signatures pour bloquer un ­essentiel changement de zonage.

Bref, ils ont rempli leur part du contrat de la façon la plus démocratique qui soit. De toute évidence, la Ville avait sous-estimé la résistance populaire.

Mais plutôt que d’admettre sa défaite ou de pousser le règlement en référendum, les élus ont décidé de bafouer leurs propres règles. Bang! comme dirait le conseiller Bernard Barré. Ils ont retiré toutes les conditions pouvant empêcher la démolition de la E.T. Corset. Tant pis pour les opposants, tant pis pour la démocratie.

Allez tous chez le diable, on ne se ­laissera pas faire par une poignée de ­tripeux de patrimoine et d’empêcheurs de démolir en rond. On a perdu notre ­pari, mais qu’importe, on va changer les règles du jeu. C’est ce que suggère la volte-face du conseil.

Tous les conseillers municipaux, sauf David Bousquet et Brigitte Sansoucy ­absente, ont endossé ce déni de démocratie. M. Bousquet a même dénoncé au passage, et avec raison, le peu de transparence dans laquelle a cheminé ce dossier depuis la première heure et le manque de respect qui transpire de ce dénouement. Il faut lever notre chapeau à M. Bousquet. Il n’est pas toujours facile à suivre dans ses raisonnements et ses explications, mais il a des principes.

L’administration Corbeil quant à elle envoie un bien mauvais message aux Maskoutains avec la façon dont elle vient de régler ce controversé dossier. On ­retiendra que cette administration est prête à tout pour faire triompher ses idées, même à faire fi de ses engagements. On sait maintenant que cette ­administration qui parle régulièrement de concertation, de consultation et de mobilisation n’hésitera jamais à faire à sa tête, voire à transgresser ses propres règles pour arriver à ses fins. Qui pourra dorénavant faire confiance à cette ­administration et croire en ses ­promesses sur parole? Oui, le cynisme à l’égard des politiciens vient d’atteindre un niveau record. Il aurait été plus ­courageux et beaucoup moins ­disgracieux d’autoriser cette démolition en juin. Encore une fois, nos élus auront été bien mal conseillés dans un dossier.

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