21 novembre 2013
De l’eau dans le gaz
Par: Martin Bourassa
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Ce n’est pas le sujet le plus séduisant qui soit et certainement pas le plus simple à comprendre, mais les Maskoutains auraient tort de ne pas porter plus d’attention au projet de biométhanisation qui prend racine chez eux.

Ce n’est pas d’hier que je m’interroge sur la précipitation avec laquelle la Ville de Saint-Hyacinthe s’engage et s’enfonce dans la biométhanisation, un projet qui a pris forme discrètement à l’ombre de l’usine d’épuration.Sans trop le dire, ni s’en vanter au départ, la Ville, trop heureuse d’être enfin une pionnière dans quelque chose, a allongé une dizaine de millions de dollars en solitaire dans cette aventure, puis les gouvernements supérieurs ont suivi.Fin octobre, le dernier bilan officiel des autorités municipales faisait état d’un projet de 49 M$, incluant une participation gouvernementale de 31,4 M$. Cela signifie que pratiquement 20 M$ doivent venir de votre poche et de la mienne, donc de poches exclusivement maskoutaines. C’est beaucoup d’argent.Beaucoup d’argent pour un projet technologique aux conclusions qui m’apparaissent encore aujourd’hui bien incertaines, même si on nous promet encore et toujours du côté municipal une rentabilité certaine. Sauf que la publication d’une étude de l’Institut de recherche économique contemporaine, étude dont nous avons fait écho la semaine dernière, n’est guère rassurante sur la rentabilité de la biométhanisation.« Dans l’état actuel des choses, pour autant qu’on puisse en juger, la voie de la biométhanisation apparaît comme hasardeuse, le potentiel de revenus extrêmement bas et ne justifie guère l’investissement requis. Pis encore, le niveau de subvention requis est tellement élevé que les projets sont susceptibles de se transformer en véritables éléphants blancs », concluent les auteurs de l’étude.On a beau dire que cette étude est biaisée puisqu’elle a été financée en partie par des entreprises impliquées dans le compostage, il n’en demeure pas moins qu’elle exige un minimum de considération avant de la mettre au recyclage.Un certain nombre de constats demandent à mon avis des réponses et des précisions, concernant entre autres le financement du projet, les clients potentiels, la quantité et la provenance des matières que l’on pourra traiter et sur ce qu’il en coûtera encore pour arriver à extraire le précieux gaz des installations municipales.Considérant l’ampleur des sommes en jeu, le silence de la Ville face à cette étude est inquiétant. J’aurais cru qu’elle se ferait un devoir de riposter, voire de démolir un à un tous les doutes qu’elle a fait naître dans son sillage. Ce n’est pas le cas.La Ville semble vouloir jouer la carte de celle qui ne veut pas accorder d’importance à quelque chose qui n’existe que dans l’esprit de ceux qui ont été payés pour produire une étude subjective. À mon avis, les Maskoutains méritent mieux. Ils attendent des chiffres, des réponses et des garanties, dans la mesure où ils sont déjà impliqués jusqu’à l’épaule dans ce dangereux et coûteux engrenage qui semble sans fin.

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