10 janvier 2019
Forum
De l’opposition… aux opposants et opposantes!
Par: Le Courrier

La séance du conseil municipal du 17 décembre fut particulièrement riche en enseignements en ce qui a trait à la petite enfance. Plus précisément en regard de la notion d’écoute sélective.

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Nous savons tous que, dans son très jeune âge, l’être humain choisira plus ou moins habilement ce qu’il veut bien entendre dans beaucoup de circonstances. Il a cependant un atout majeur cet enfant : l’excuse de son âge! Après cinq ans, ce réflexe peut perdurer, mais il tend, en toute logique, à s’amenuiser. Cette excuse de l’âge peut-elle s’appliquer au conseil municipal? Poser la question, c’est y répondre, nous en conviendrons.

Alors, surdité psychologique, physiologique? Savant mélange des deux? Les problèmes de surdité s’accentuent avec l’âge, mais beaucoup d’études démontrent que toutes les cultures ne suivent pas ce modèle présentant une adéquation entre vieillissement et surdité. La densité des villes et la pollution par le bruit sont des facteurs aggravants dans nos sociétés. C’est aussi bien connu.

Venons-en à nos élu.e.s. Qu’ils soient maskoutain.e.s ou d’ailleurs, ce réflexe d’écoute atrophiée est très répandu dans nos instances politiques, et ce, à tous les paliers décisionnels. Spécifiquement, j’ai ouï dire qu’à ce conseil municipal du 17 décembre, un membre du conseil s’est offusqué de manière plutôt virulente à la mouvance oppositionnelle citoyenne.

Il est bien et nécessaire de s’offusquer. Mais en démocratie, s’offusquer de la notion même d’opposition n’est-ce pas faire preuve d’un manque flagrant d’esprit critique? Qu’en est-il du continuum ouïr, entendre, écouter, comprendre? Les choses effleurent nos oreilles dans le brouhaha sonore qui nous entoure trop souvent, « ouïr ». Nous devons tendre l’oreille afin de discriminer, de percevoir plus clairement, « entendre ». Cela rend possible « écouter », ce qui à son tour, nous mène au « comprendre ».

Dans ce continuum, nos administrations politiques actuelles font preuve de tout sauf de zèle! Simili écoute, semblant de consultations, consultations citoyennes « sérieuses » sur des aspects « moins » sérieux d’enjeux « vraiment » sérieux… Imbroglio sémantique? J’en conviens, mais qui n’en démontre pas moins le peu de cas que l’on fait du ouïr / entendre / écouter / comprendre!

Des preuves de cette rupture du continuum? L’actualité en regorge! L’existence même du Mouvement Démocratie Nouvelle, Johanne Liu et Médecins Sans Frontières voyant leur bateau arraisonné, impératifs climatiques niés ou pis encore bafoués dans un esprit antiscientifique ne le cédant en rien à l’époque duplessiste, pétrole mortifère dans les oléoducs, trains, etc. Et surtout, surtout oui surtout, la « folklorisation » éhontée des initiatives citoyennes.

Sans vouloir ne donner de leçons à personne ici, nous savons tous que la démocratie se doit d’être tributaire d’un équilibre entre opposition et pouvoir exécutif. De cette opposition, où l’écoute est réelle et non affectée, naît la nécessaire et saine opposition garante d’un progrès… progressiste! Chant / contre-chant, point / contrepoint, argumentaire/contre-argumentaire, courant / contre-courant. Ce phénomène est ubiquitaire tellement il est partout présent. Probablement que tout cela est un peu plus compliqué à gérer avec l’éthos politique ayant cours dans notre vie « démocratique » actuelle. Mais comme se plaisait à le faire remarquer Albert Einstein, que je cite ici de mémoire, « tout est un peu plus compliqué que l’on pense, mais… pas plus ». En d’autres mots, l’effort en vaut toujours la peine.

En théorie, évidemment, là où tout va très bien… Il n’en reste pas moins que cette démocratie reste toujours, nous le savons aussi, un idéal vers lequel il faut tendre même s’il n’est jamais tout à fait atteint.

Nos administrations ne sont-elles pas désignées afin de s’inscrire dans les tendances oppositionnelles nécessaires que l’Histoire exige et impose? Ceci demande un bon esprit d’analyse des enjeux historiques pertinents, reconnaissons-le! Cher.e.s élu.e.s maskoutain.e.s, à ce titre, où précisément s’exerce en ce moment votre devoir de résistance / d’opposition face à tous ces enjeux mortifères qui se décantent à l’aulne de l’économisme? Ce même économisme, dont John Kenneth Galbraith en son temps (qui ne pouvait certainement être taxé de gauchiste), nous enjoignait déjà de nous méfier.

Nous finissons toujours par respecter celles et ceux qui résistent pour les bonnes raisons, ne l’oublions pas! À ce titre, et dans le cas qui nous occupe ici, s’opposer aux opposantes et opposants me semble relever du grand-guignol. Toute comparaison pouvant être trompeuse, cela ne nous dispense d’aucune façon de regarder ce qui se passe actuellement en France. Le phénomène des gilets jaunes n’est-il pas une résultante d’un manque d’écoute réelle des instances politiques?

Propos de gauchiste? Évidemment, celle où celui qui m’y confinerait ferait preuve d’une acceptation pour le moins béate de sa propre (plus ou moins) propension à aussi tourner en rond… à droite!

Michel Camiré,
Saint-Hyacinthe

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