5 septembre 2013
Carte postale de Pierre Lefebvre
De Rishikesh à Saint-Hyacinthe
Par: Le Courrier

Lorsque Pierre Lefebvre s’est envolé pour l’Inde, la simple évocation du pays rimait avec le calme et la quiétude à ses oreilles. Après tout, il s’y rendait pour maîtriser le yoga, discipline née dans le sous-continent indien. Mais qu’on se le dise : en Inde, il faut avant tout chercher la paix intérieure, parce que tout autour, ça fourmille!

Tout juste après avoir obtenu sa maîtrise en interprétation de guitare classique à l’Université de Montréal, Pierre a mis le cap vers l’Inde en mars 2005, pour ce qui allait devenir son tout premier voyage à l’extérieur de l’Amérique du Nord. Visa en poche, Pierre s’est installé à Rishikesh pour étudier auprès de Swami Veda Bharati, maître de yoga depuis 1942. Il devait y rester un an. Il est revenu après sept printemps, serein et amoureux.

Mais avant d’atteindre la plénitude, il a dû apprivoiser les foules bigarrées et cette impression de chaos qui lui a fait perdre tous ses repères. « Je m’attendais à trouver un pays zen. Ça a été un choc. Il y a tellement de monde partout et tout le temps », dit-il, se rappelant les premiers moments de son séjour. De fait, l’Inde compte plus de 1,2 milliard d’habitants, soit près de 35 fois la population du Canada… dans un territoire trois fois plus petit! Atterri à Delhi, Pierre a mis pas moins de huit heures de taxi pour atteindre sa destination, à 225 km au nord, via « l’autoroute » que partagent les voitures, les autobus, les motocyclettes, mais aussi les vélos et les carrioles tirées par des animaux. « J’ai découvert à ce moment-là qu’il n’y a pas de code de la route en Inde. J’ai mis au moins deux ou trois semaines avant de ne plus avoir peur pour ma vie quand je prenais place dans une voiture. » La ville de Rishikesh, au pied de l’Himalaya, est bien connue pour avoir accueilli les Beatles dans l’un de ses nombreux ashrams. Si le paysage y est impressionnant, les rues tortueuses ont de quoi aiguiser la patience de quiconque tente d’y retrouver son chemin. « Les rues n’ont pas de nom et elles sont toutes pareilles. Puisqu’il n’y a pas vraiment de plan d’urbanisme, les rues vont d’un virage à un autre et s’entrecroisent dans un vrai labyrinthe. Il faut se donner le temps d’apprivoiser ce qui nous apparaît comme la désorganisation la plus totale quand on arrive. » Pour y parvenir, Pierre a fait éclater toute barrière qui pouvait le séparer des habitants en prenant avec eux les transports en commun et en embrassant leur culture. « Par exemple, au Canada, lorsque quelqu’un entre dans notre bulle, dans notre espace, on ne se sent pas bien. En Inde, c’est l’inverse. Les gens sont habitués à être très près les uns des autres et ils le font spontanément même lorsque ce n’est pas nécessaire, comme lorsqu’ils sont dans une file d’attente. C’est très déstabilisant au début. On perd sa zone de confort. »

Demeure des neiges et d’amour

Au cours des sept années passées sous le soleil de l’Inde, Pierre a exploré les quatre coins du territoire, du désert du Rajasthan aux plages de Goa, des réserves naturelles de l’Orissa au Taj Mahal de l’Uttar Pradesh.

« Il y a de tout en Inde : les montagnes, l’eau, les champs, le désert. Mais pour se déplacer d’une ville à l’autre, il faut prévoir beaucoup de temps. L’idéal, c’est de se concentrer sur une ou deux régions à la fois. » Ayant élu domicile à Rishikesh, où il a enseigné ses premières séances de yoga, Pierre a pris le temps de visiter l’Himalaya – le « séjour des neiges » en sanskrit. Il est allé de village en village rencontrer les habitants et visiter les temples ancestraux qui se cachent au détour d’un escarpement ou d’un plateau. « Sous le règne musulman, de nombreux temples ont été détruits partout en Inde pour des raisons religieuses, mais dans la région plus aride et éloignée de l’Himalaya les temples ont été préservés. » Ils sont aujourd’hui jalousement entretenus et font la fierté des habitants. Chaque année, l’hiver venu, les temples sont dépouillés des statues des divinités lors de grandes processions. Puis, au printemps, les dieux retrouvent leur piédestal lors de nouvelles cérémonies marquant la réouverture des temples. La région attire chaque année son lot de touristes, dont des Indiens venus des régions plus au sud. « En été, lorsque la température atteint des records dans les plaines, les gens sont heureux de profiter de la fraîcheur qu’offrent les montagnes », note Pierre. Or, cet été, en pleine saison touristique, des inondations survenues dans les villages de l’Himalaya ont rasé des résidences et entraîné près de 6 000 personnes dans la mort. « Avec le développement du tourisme et l’absence de réglementation, de petits hôtels, des maisons et des commerces ont été construits dans des zones à risque. Cet événement est passé sous le radar en Occident. Au Canada, on parlait des inondations à Calgary », se souvient Pierre. N’empêche, il garde de bons souvenirs de Rishikesh, de la région de l’Uttarakhand et des montagnes de l’Himalaya. Il y a d’ailleurs rencontré celle qui allait devenir sa femme et le suivre jusqu’à Saint-Hyacinthe. « Nous nous sommes rencontrés en 2007. Le temps passé ensemble et le mariage m’ont tranquillement fait entrer à l’intérieur de la famille indienne. C’est une expérience unique et enrichissante de partager cet échange de culture au quotidien », raconte-il. La célébration du mariage, en 2008, a durée quatre jours et réuni 1 000 personnes, dont quelques Maskoutains. « La tradition, c’est d’inviter tous ceux qu’on connaît, que ce soit la famille, les amis, les collègues de travail ou les voisins. L’inverse serait perçu comme une insulte, alors j’ai suivi la tradition. Douze personnes ont pu faire le voyage du Québec. » Aujourd’hui, Pierre et sa femme Mina sont établis à Saint-Hyacinthe. Pas question toutefois de laisser l’Inde trop loin derrière : Pierre enseignera dès cet automne le yoga au Centre des arts martiaux Guy Brodeur, sa façon à lui de rapprocher encore un peu plus Rishikesh de Saint-Hyacinthe.

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