16 août 2012
Patrimoine
Démolie malgré son âge respectable
Par: Le Courrier

Malgré ses 145 ans, une maison patrimoniale qui se trouvait au 3954 de la rue Saint-Pierre Ouest, dans le district La Providence, a été discrètement rayée du paysage au mois de mars, avec l’accord du comité de démolition de la Ville de Saint-Hyacinthe.

publicité

La maison des Legros dit Saint-Pierre avait été construite en 1867 sur une terre bordant la Yamaska que cette famille occupait depuis 1807, année de la construction de la grange, qui a été rasée en 2005. Raoul Bergeron, qui a écrit sur l’histoire de La Providence, consacre quelques pages à la maison des Legros dit St-Pierre dans son livre « Tant de choses à dire…», paru en 1998.

Mais l’âge d’un bâtiment et son histoire ne suffisent pas toujours à assurer sa protection, et cela malgré l’existence à Saint-Hyacinthe d’un règlement municipal censé prévenir certaines destructions. Ce règlement stipule entre autres que lorsque la Ville est saisie d’une demande de permis de démolition, le comité doit considérer le caractère patrimonial du bâtiment visé par la demande.Mais dans ce cas-ci, c’est davantage l’état général de la maison et les coûts de sa restauration qui ont joué au moment de l’étude de la demande, a indiqué la conseillère Sylvie Adam, qui siège au comité de démolition en compagnie de sa collègue Nicole Dion Audette et du maire, Claude Bernier. « Nous avons plutôt regardé ce qu’il y avait à faire. C’est une maison qui avait manqué de beaucoup d’amour. Elle avait besoin de beaucoup de réparations », a-t-elle expliqué.Rallongée de 17 pieds en 1908, la maison des Legros dit Saint-Pierre avait été par la suite parée d’un recouvrement en clin de cèdre. « Le premier carré de maison avait été construit en pièce sur pièce », raconte Bernard St-Pierre, qui a été le dernier de cette lignée des Legros dit Saint-Pierre – arrivée dans la Seigneurie de Boucherville en 1762 – à avoir possédé cette demeure ancestrale. « Il y avait de l’ouvrage à faire, mais elle était récupérable », assure-t-il. Mais il dit très bien comprendre que la modeste maison où il a grandi auprès de sa mère, Bernadette Chabot, qui aura 105 ans le 21 novembre, ne pesait plus très lourd en regard de la valeur que le terrain représente aujourd’hui. « Un terrain de 160 000 pieds carrés au bord de l’eau, ça vaut une fortune, » signale-t-il.L’immeuble est devenu la propriété de Roger Letendre en 2005. Peu après, le nouveau propriétaire l’en a débarrassé des maisons mobiles qui avaient fait leur apparition devant la vieille maison, du temps où le père de Bernard St-Pierre louait des parcelles de son grand terrain pour le rentabiliser. M. Letendre a expliqué que ce « nettoyage » avait été apprécié par la Ville, entre autres parce que les maisons mobiles rejetaient des eaux usées dans l’environnement. Il n’était resté à la fin que la maison ancienne, entourée de grands arbres.Selon M. Letendre, elle était en trop mauvais état pour mériter d’être conservée. « On a fait faire une étude, et il n’y avait plus rien de bon après cette maison-là. Le toit coulait, la structure était à refaire, il y avait des champignons plein la cave. À mes yeux, ce n’était pas du patrimoine, c’était de la cochonnerie. Il faut arrêter de voir du patrimoine partout », a-t-il confié au COURRIER, ajoutant qu’il n’avait pour l’instant aucun projet précis concernant le terrain.

image