14 novembre 2019
Histoire d'ici
Des idéologies opposées (1)
Par: Le Courrier

Portrait de Joseph-Sabin Raymond par Napoléon Bourassa en 1868. Collection Centre d’histoire

Dans un article précédent, il a été question des démêlés de Louis-Antoine Dessaulles avec certains partisans de l’ultramontanisme. Essayons d’y voir clair!

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Selon le dictionnaire de politique, l’ultramontanisme désigne l’ensemble des opinions et des revendications théologiques favorables au Saint-Siège qui cherchent à étendre les prérogatives de ce dernier sur la société civile française et sur l’Église de France. L’ultramontanisme s’oppose au gallicanisme qui prône une relative indépendance de l’Église de France par rapport au Vatican et son autonomie au sujet de la nomination des évêques.

L’ultramontanisme s’est développé en France au XIXe siècle, à partir de la Restauration, dans les milieux catholiques conservateurs en réaction aux changements apportés par la Révolution française et à l’aspiration des peuples à la démocratie. Il préconise l’obéissance absolue du clergé envers le pape, notamment par la nomination des évêques, et la soumission du pouvoir politique au pouvoir religieux.

L’historien québécois Nive Voisine, dans un article publié en ligne en 2006, décrit ainsi ce courant d’idée : « L’ultramontanisme s’implante au Canada entre 1820 et 1830, d’abord au Séminaire de Saint-Hyacinthe, fortement influencé par les idées de Lamennais, puis à Montréal sous l’influence de son premier évêque catholique, Jean-Jacques Lartigue. Celui-ci s’oppose aux idées gallicanes et lutte pour la liberté de l’Église ainsi que pour la suprématie religieuse en matière d’éducation. Son successeur, Mgr Ignace Bourget, fait triompher les idées ultramontaines dans tous les domaines : théologie, éducation, relations entre l’Église et l’État, etc. à Montréal et dans la majeure partie du monde catholique au Canada. »

Dans le dictionnaire biographique du Canada, on peut lire sous la plume d’Yvan Lamonde : « [Le principal acteur au Séminaire], Joseph-Sabin Raymond, connaît les écrivains catholiques français depuis le début des années 1830, il lit les œuvres de La Mennais, celles de Montalembert, et il s’intéresse au journal parisien l’Avenir, organe des écrivains catholiques libéraux. En 1833, il correspond avec La Mennais et, de 1839 à 1852, avec Montalembert dont il introduit la pensée dans le Bas-Canada; il rencontrera la majorité des grands auteurs catholiques lors d’un voyage en France et en Italie en 1842 et 1843. Ceux-ci jalonneront l’itinéraire religieux et intellectuel de Raymond et lui feront prendre conscience de la nécessité des études religieuses. »

Cet engouement pour les catholiques libéraux et pour La Mennais est également partagé par l’évêque de Montréal, Mgr Jean-Jacques Lartigue. Toutefois, la condamnation prononcée à l’endroit de la philosophie de La Mennais dans l’encyclique « Singulari nos », parue en 1834, devait toucher profondément Sabin Raymond; celle-ci était qualifiée de « doctrine vaine, futile et incertaine ». Pour Raymond, c’est la rupture avec La Mennais, il se soumet aux directives du Vatican. En se conformant à l’orthodoxie dans l’enseignement de la philosophie au Séminaire, Raymond affiche une première reconnaissance publique de l’autorité papale.

À Saint-Hyacinthe, l’esprit du Séminaire se répand graduellement. Ainsi, à l’Union catholique, sorte d’académie littéraire de collège fondée vers 1865, l’abbé Raymond prononce des conférences publiques attaquant l’anticléricalisme de l’Institut canadien de Saint-Hyacinthe et de son porte-parole, Louis-Antoine Dessaulles. Ce dernier riposte en dénonçant publiquement l’influence qu’exerce le Séminaire sur le Courrier de Saint-Hyacinthe depuis 1861, ce qui engage les deux sommités de la ville dans une longue polémique, de janvier à juillet 1867. Au cœur de cette querelle, on retrouve deux questions politico-sociales majeures du XIXe siècle : les rapports entre le pouvoir temporel et spirituel, et le rôle du clergé dans l’enseignement collégial en particulier.

Après 1860, une nouvelle position de force donnait au clergé un ton de négociation nouveau avec le pouvoir politique.

Albert Rémillard, membre du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe

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