6 septembre 2012
Projet de biométhanisation
Des odeurs gâchent la sauce
Par: Le Courrier

Au début du mois de juillet, la Ville de Saint-Hyacinthe a commencé à transformer elle-même en un riche terrreau le digestat résultant de la biométhanisation des boues d’épuration. Jusqu’ici, l’expérience est un succès, sauf sur un point : les matières organiques déposées sur la plate-forme de maturation émettent une odeur d’urée qui incommode le voisinage.

« C’est un très beau projet pour la Ville, je suis très content pour elle, mais ce qui est moins bien, c’est de recevoir des appels de locataires qui te font des reproches longs comme le bras à cause des odeurs », a commenté Yvan Rodier, un propriétaire d’immeubles industriels qui s’est plaint de la situation à la Ville.

La plate-forme de maturation a été aménagée en plein air, à même un dépôt de neiges usées ceinturé du boul. Choquette et des rues Bérard et Ferdinand-Daoust. Malheureusement pour les locataires de M. Rodier, les vents dominants poussent la senteur désagréable vers les trois bâtiments qu’ils occupent sur Choquette et Bérard. Chez Elevabec, un fabricant d’ascenseurs pour personnes handicapées, les employés sont si incommodés qu’ils ne prennent plus leurs pauses dehors, a indiqué la directrice générale, Sonia Rodier. « C’est largement incommodant, ça sent même à l’intérieur de mon bureau. Nous savons que c’est un projet très lucratif pour la Ville et on leur dit bravo, mais on se demande tous pourquoi ils ont choisi de faire ça dans le parc industriel. »Mme Rodier a toutefois constaté que la Ville ne niait pas l’existence du problème et qu’elle était à la recherche de solutions. Des responsables du projet lui ont rendu visite à deux reprises pour lui expliquer tout ce qui était tenté pour remédier à la situation. « Leur intention de régler le problème semble là, il y a de la bonne foi », a-t-elle signalé. SOUS-TITRE:Situation temporaire

Les représentants du COURRIER se sont rendus une première fois à la plate-forme de maturation le 1 er août, mais ce jour-là, aucune odeur désagréable ne se dégageait des andains de digestat. Mais la semaine dernière, l’odeur d’urée était bien perceptible, même près du diffuseur d’huile essentielle qui est sensé la masquer.

Le conseiller technique en traitement de l’eau à la Ville de Saint-Hyacinthe, Pierre Mathieu, a expliqué que le temps très chaud et sec des dernières semaines avait favorisé les émanations d’azote, le gaz responsable des odeurs. « S’il peut faire juste un peu plus froid dans les jours qui viennent, ce sera différent », assure-t-il. Il a fait remarquer qu’on n’apercevait aucune mouche sur le site, mais uniquement des papillons, des monarques en particulier. Comme c’est à son arrivée sur la plate-forme que le digestat libère le plus d’azote, il a été convenu qu’il reposerait dorénavant durant plusieurs heures avant d’être disposé en andains et retourné périodiquement à l’aide d’une machine que la Ville a dégottée en Suisse. Exposé à l’air, le digestat devient, au bout de 30 jours, un terreau fertilisant qui pourra être commercialisé pour une utilisation en horticulture. La Ville prévoit qu’au terme de la phase II du projet de biométhanisation, elle pourra valoriser de cette manière 25 000 tonnes de digestat. « Nous sommes en pourparlers avec des compagnies qui ensachent du terreau », explique Pierre Mathieu, le grand architecte du projet de biométhanisation.Le digestat obtenu des boues d’épuration n’est donc plus expédié à grands frais au site de compostage de Bury, dans les Cantons-de-l’Est, ce qui générera pour la Ville des économies de 60 000 $ par mois. « C’était l’un des buts recherchés et nous y arrivons enfin! », se réjouissait au début d’août Pierre Gabrielli, directeur du service du Génie de la Ville de Saint-Hyacinthe.Le problème des odeurs rencontré à la plate-forme du boul. Choquette ne met pas le projet en péril puisque ce site doit être abandonné dès la fin de décembre. « Ici, c’est un banc d’essai pour nous. On observe et on découvre quoi corriger, quoi changer », explique M. Mathieu.Si tout se déroule comme prévu, la Ville inaugurera en janvier 2013 une plate-forme permanente de maturation du digestat dans le parc industriel Théo-Phénix. À partir de maintenant, le terreau obtenu sera notamment employé comme substrat pour la pose du gazon en plaques, ce qui devrait permettre à la Ville d’économiser de 300 000 $ à 400 000 $ par an dans les contrats de gazonnement.

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