25 février 2016
Énergie Est : questions pour la députée de Saint-Hyacinthe
Par: Le Courrier
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En novembre dernier, Chantal Soucy, la députée de Saint-­Hyacinthe et critique en ­matière d’énergie de la coalition avenir Québec, a écrit un texte intitulé « TransCanada : cessons la démagogie et travaillons ».

En tant que citoyen de la circonscription de Saint-Hyacinthe impliqué ­plusieurs années dans de nombreux ­dossiers ­énergétiques et environnementaux, j’ai plusieurs questions en lien avec ce texte ainsi que sur la position de son parti vis-à-vis ce projet dont les impacts risquent ­d’affecter durablement la vie des citoyens de la région et du Québec, ­surtout à la ­lumière de nouvelles ­informations qui ont fait les manchettes depuis.

1- La députée y a écrit : « Soyons clairs : la CAQ a toujours exigé qu’il y ait des ­retombées économiques pour le ­Québec dans ce projet. Il serait ­inacceptable que ce pipeline passe par le Québec, sans que nous ­puissions ­recevoir une forme ou une autre de ­redevances ».

Considérant que le Québec ne peut ­exiger de redevances pour ce pipeline, car cela contreviendrait à la Loi ­constitutionnelle de 1867 selon un avis gouvernemental qui révèle qu’une telle chose serait « contraire à l’article 121 de la Loi constitutionnelle de 1867 » et que le gouvernement Trudeau ne semble pas du tout disposé à ouvrir la constitution, ­comment la CAQ compte-t-elle s’y prendre? Si je lis bien ce qu’elle a écrit, pas de redevances = pas de pipeline. ­Devrait-on donc comprendre que cela constitue la fin de leur appui à ce projet?

2- Mme Soucy a aussi écrit ce qui suit : « Je tiens à préciser que nous importons actuellement 100 % des sources d’énergie fossile consommées et raffinées au Québec. Selon la Fédération des chambres de commerce du Québec, année après année, nous dépensons entre 11 et 15 milliards de dollars en pétrole et tous les revenus vont à des intérêts étrangers ».

Considérant que la majorité du pétrole que nous consommons aujourd’hui au Québec vient déjà du Canada et des É.-U. et que le projet Énergie Est n’a pas pour but d’alimenter le Québec en ­pétrole, mais bien l’exportation, en quoi accepter le projet Énergie Est changerait-il alors quoi que ce soit à cette réalité qu’elle décrit?

3- Finalement, la députée a écrit : « Tout en refusant d’ignorer le potentiel économique de ce projet, je tiens à mettre une chose au clair : la sécurité des citoyens et la protection de nos lacs, de nos rivières, de nos cours d’eau sont des enjeux non négociables ».

Bien, mais j’ajouterais à cela la protection de nos terres agricoles, car le quart de ce projet sera construit sur des terres ­agricoles. Le même jour où fut publié sa lettre, un reportage de l’émission La ­semaine verte à Radio-Canada révélait ceci : « Or, la loi qui régit la sécurité des pipelines au Canada a été modifiée en juin dernier et contient maintenant un nouvel article qui inquiète le milieu agricole. Désormais, toute personne qui endommage un oléoduc par « faute lourde ou intentionnelle » pourra être tenue pour responsable des dommages ».

Et que dire de la position de Promutuel, l’assureur de la majorité des agriculteurs, qui a écrit dans une analyse : « La notion de faute lourde devra être exclue pour qu’un contrat d’assurance puisse être émis. Dans le cas contraire, Promutuel Assurance se réserve le droit de ne pas renouveler une police d’assurance ou de refuser d’en émettre une ».

À la lumière de ces faits, sans oublier :

– Que la Communauté métropolitaine de Montréal s’est prononcée contre le projet Énergie Est après, entre autres, que la compagnie TransCanada ait refusé de ­participer à leurs consultations;

– Que cette même entreprise a refusé ­d’envoyer un avis de projet au BAPE;

– Qu’elle refuse de reconnaître la juridiction du Québec dans ce dossier;

– Qu’elle poursuit le gouvernement ­américain à la suite du refus d’Obama face au projet Keystone XL;

– Qu’elle ait enfreint la loi en omettant de demander l’autorisation au ministère de l’Environnement du Québec avant de mener des levées sismiques dans le ­secteur de Cacouna;

– Que la Commission de l’Énergie de ­l’Ontario « a déterminé l’existence d’un déséquilibre entre les risques économiques et environnementaux du projet et les avantages prévus pour la population ontarienne »;

– Que le pipeline Énergie Est ne mettra pas fin au transport de pétrole par train, car la volonté de l’Alberta d’augmenter d’au moins 40 % son exploitation de pétrole des sables ­bitumineux dépasse de beaucoup la capacité de transport de pétrole de ce pipeline;

– Que le Québec et le Canada disent vouloir diminuer de façon significative leurs ­émissions de GES d’ici 2030…

De quelles autres données la députée de Saint-Hyacinthe ainsi que son parti ont-ils besoin pour conclure que le projet Énergie Est n’en vaut pas la peine des points de vue économique, écologique, social et de ­sécurité pour les citoyens?

J’aimerais bien le savoir.

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