6 décembre 2012
Ésimésac : renversante force du nombre
Par: Le Courrier
Le réalisateur et acteur Luc Picard lors de l'avant-première d'<em>Ésimésac</em> présentée à Saint-Hyacinthe.

Le réalisateur et acteur Luc Picard lors de l'avant-première d'Ésimésac présentée à Saint-Hyacinthe.

C’est dans un ton plus terre à terre que Luc Picard revisite l’univers des contes de Fred Pellerin. Après Babine, dont la sortie remonte à 2008, l’acteur et réalisateur laisse tomber quelque peu la magie et la sorcellerie pour se concentrer davantage sur la force du nombre et de l’esprit.

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Inspiré du conte Comme une odeur de muscles, dont l’écriture remonte à 2004, Ésimésac ne pouvait sortir en salle à un moment plus propice. Véhiculant des thèmes tels que la solidarité et le bien commun, ce dernier projet qui unit pour une seconde fois le duo Picard et Pellerin transpire la crise sociale et les évènements qui ont mené au « printemps érable ». Une coïncidence étonnante qui donne au récit de Fred Pellerin des allures quasi prémonitoires.

« Cela me surprend, racontait Luc Picard quelques minutes avant la projection du film en avant-première à Saint-Hyacinthe. En même temps, on savait en partant, Fred et moi, que l’on touchait à un sujet universel. L’écart entre les riches et les pauvres est de plus en plus grand partout dans le monde et la crise économique a touché l’Europe, ensuite les États-Unis. C’était une question de temps avant que cela nous rejoigne au Québec. »Les temps sont durs d’ailleurs à Saint-Élie-de-Caxton. Alors que le forgeron Riopel gagne grassement sa vie en fabriquant des bombes, la majorité des habitants du village mange de la misère, de la tarte à rien et des rêves au lard. Pour sauver les villageois de la famine qui les guette, Ésimésac, fils de la mère Gélinas né dans un corps d’homme sans ombre, propose d’aménager un jardin communautaire. Persuadé que cette idée n’amènera rien de bon sur la table, Riopel convainc Ésimésac, le nouvel homme fort du village, de consacrer ses forces à la production de rails qui pourraient amener le train à passer par Saint-Élie et apporter la prospérité au village.Selon Luc Picard, rien ne garantissait qu’il adapterait de nouveau un conte de son ami Fred Pellerin. Mais les valeurs, essentiellement de gauche, véhiculées dans le conte d’Ésimésac l’ont inspiré pour un second projet. « Pour moi, c’était important de tomber en amour avec l’histoire. L’arracheuse de temps me rejoignait moins, mais la finale et la solidarité présente dans Ésimésac sont venus me chercher », résume-t-il.On retrouve, certes, les bons mots d’esprit de Fred Pellerin de même que la plupart des personnages de Saint-Élie, tout aussi colorés les uns que les autres, tels que le coiffeur Méo (René Richard Cyr), Toussaint Brodeur (Luc Picard), la sorcière (Isabel Richer), Jeannette Brodeur (Marie-Chantal Perron), le forgeron Riopel (Gildor Roy), la mère Gélinas (Marie Brassard), belle Lurette (Maude Laurendeau), ainsi que Marie Gélinas (Sophie Nélisse) et Ésimésac Gélinas (Nicholas-Frank Vachon), les deux nouveaux personnages du récit.Mais le résultat diffère de Babine. D’abord, Ésimésac est raconté en un seul conte et non plusieurs historiettes. De plus, la trame de fond étant plus dramatique, le film a entièrement été tourné à l’extérieur afin de créer une esthétique qui « se rapproche de la terre ». Et cela marche! À mi-chemin entre la fantaisie propre aux contes de Pellerin et le réalisme, faisant penser parfois à Germinal d’Émile Zola, Ésimésac est poétique, actuel, pertinent et en aucun cas moralisateur. Sans révolutionner le cinéma québécois, il reste un très bon divertissement.

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