2 juillet 2020
Carte blanche
Fierté fripée
Par: Christian Vanasse
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Accrochez votre tuque « Team Canada 2014 » avec de la broche bilingue parce que la fête nationale du plus-meilleur-pays-du-monde sera célébrée en grand! Ça sera pas comme la petite Saint-Jean timide de la semaine passée, no mister madame. Là, vous allez en avoir plein la face de drapeaux feuille d’érable à 11 pointes trempée dans le rouge de la Croix de St-Georges. Le fédéral a tartiné mur à mur, pis Ad mari usque ad mare!

Aux Canadiens zé Canadiennes qui souhaitent « rehausser leur présence sur les médias sociaux » , vos taxes fourniront des kits pour se gonfler le patriotisme et l’exhiber fièrement sur les z’Internets. Le tout en partenariat avec Tim Hortons, qui s’est débarrassé de ses gobelets bleus de la semaine passée pour revenir à son rouge et brun habituel. Et ce n’est pas tout, des journaux vont imprimer un unifolié à découper et à coller dans votre fenêtre à la place du maudit dessin lette d’arc-en-ciel que votre enfant a dessiné ce printemps. En veux-tu du symbolique, en v’là!

L’étalage chauvin de nos voisins fait d’ailleurs l’envie de nationalistes québécois, envieux de cette orgie textile. « Un peuple soumis s’éteint, par l’élimination graduelle de ses symboles et de ses repères », regrettent-ils.

Mais serions-nous moins soumis drapés dans le fleurdelisé? L’horizon serait-il plus radieux en bleu d’azur? Quel « symbole » freinera la démolition de bâtiments patrimoniaux, l’exploitation de notre minerai ou nous fera réaliser que la souveraineté est plus alimentaire que vestimentaire? Où est la bannière qui améliorera le sort des démunis, des exclus et des sans-voix?

Quand on arrêtera de se mesurer le fanion et de s’astiquer le symbolique, on réalisera peut-être que ce dont un peuple a le plus besoin, c’est de lui-même. Et qu’un tissu social fort sera toujours le plus beau des drapeaux.

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