22 mars 2012
Manif devant Intact Assurance
Furieux contre l’assureur
Par: Le Courrier

Trois ans après l’incendie qui a lourdement endommagé leur usine de transformation de viandes halal, à Acton Vale, une vingtaine d’employés de Nutri-Cailles ont manifesté leur mécontentement jeudi dernier devant les bureaux de la compagnie Intact Assurance, rue Girouard, à Saint-Hyacinthe.

Ils brandissaient des pancartes portant le logo de l’assureur et faisaient le plus de bruit possible pour attirer l’attention sur eux et sur leur cause. « On était 75 employés il y a trois ans, il n’en reste plus que 35 ou 40 à la ferme et à l’abattoir de Sainte-Hélène. On ne peut pas laisser ça de même », a indiqué Lisette Charest, la porte-parole des manifestants.

Curieusement, Nutri-Cailles faisait l’objet d’un reportage dans le Journal de Montréal le matin même de la manifestation. Il y était question non pas des problèmes que l’entreprise éprouve avec Intact Assurance, mais plutôt de la façon dont sont tuées les volailles certifiées « halal ». « Hier, à l’abattoir, c’était une petite commande de 100 poulets », a précisé Mme Charest, en parlant des volailles décapitées pour la démonstration devant des journalistes.Chaque jour, 12 000 cailles sont abattues dans les installations de Nutri-Cailles selon le rite halal, puis écoulées sur les marchés du Québec, de l’Ontario, de l’Ouest canadien et des États-Unis. Le couvoir de Nutri-Cailles se trouve lui aussi à Sainte-Hélène. « Nous avons un million de cailles en couvoir », a souligné Eduardo Estrella, propriétaire de Nutri-Cailles, lorsque joint au téléphone par LE COURRIER.M. Estrella, qui a déposé une poursuite de 5,3 millions $ en Cour supérieure contre Intact Assurance, n’avait pas accompagné ses employés pour la manifestation devant les bureaux de la compagnie. « Je suis bien content que mes employés aient décidé de faire quelque chose. La prochaine fois, j’y vais avec eux », a-t-il dit à propos de la manif. Il reproche à son assureur d’avoir mal géré le dossier après l’incendie du 4 mai 2009 à l’usine de transformation de Nutri-Cailles, route 116 à Acton Vale. Depuis ce jour, aucune marchandise n’est sortie de cette usine où Nutri-Cailles préparait des cailles farcies aux champignons, des cailles sauvages au vin blanc, du poulet de cornouailles farci ou mariné, autant de produits qui étaient destinés à des chaînes comme Loblaws, Wal-Mart, A&P et Sobeys. Si l’usine est aujourd’hui une perte totale, il soutient que c’est la faute de l’assureur. Il l’accuse d’avoir trop tardé à réalimenter le bâtiment en électricité après le feu, ce qui aurait créé un problème de moisissure dû notamment à l’eau d’arrosage des pompiers et à une ouverture qu’ils avaient pratiquée dans le toit. « La maison aussi est finie. L’eau a monté dans la cave », signale M. Estrella. Il insiste sur le fait qu’il s’agissait d’un feu accidentel dans une usine de transformation agroalimentaire qui était fréquemment inspectée et qui se trouvait en parfait état avant l’incendie. « Ça a pris 10 ans à bâtir tout ça, mais eux, ça leur a pris juste un mois pour me détruire. Là, il (l’assureur) espère que je vais crever, mais je vais essayer de rester en vie », a ajouté Eduardo Estrella.

800 000 $

Un porte-parole d’Intact Assurance, Alexandre Royer, a indiqué qu’à la suite de l’incendie survenu chez Nutri-Cailles en mai 2009, une somme totale avoisinant les 800 000 $ avait été versée à l’assuré en réparation des dommages directs que le feu a causés au bâtiment et à son contenu, de même que pour les pertes liées aux opérations. « Le problème, ce n’est pas l’incendie », affirme M. Royer.Il a expliqué que l’examen des lieux avait révélé que l’usine était lourdement attaquée par des champignons et des moisissures. « Il y avait de l’infiltration d’eau avant le feu, c’est clair. Le bâtiment ne s’est pas dégradé par le fait de l’intervention des pompiers », assure Alexandre Royer. Il a précisé que pour Intact Assurance, il s’agit d’un dossier d’indemnisation qui a été fermé en 2010.« Notre mandat, c’était de remettre le bâtiment dans l’état où il se trouvait avant l’incendie. Ceci étant dit, nous ne sommes pas insensibles au sort des employés, mais on ne peut pas être tenus responsables d’un manque d’entretien du bâtiment », a conclu Alexandre Royer.

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