21 juin 2012
Guy Laramée : vers la contemplation
Par: Le Courrier

Fan de son travail, c’est la commissaire Danielle Lord qui a eu l’idée de rassembler, dans le cadre d’une exposition, des oeuvres qui font un survol du cheminement artistique des dix dernières années de l’artiste multidisciplinaire Guy Laramée. Ce dernier présente donc, jusqu’au 12 août, l’exposition Accrocher les roches aux nuages à Expression, Centre d’exposition de Saint-Hyacinthe.

Des peintures aux paysages brumeux, des sculptures réalisées dans des livres anciens qui prennent la forme de paysages et des installations inspirées du romantisme du 19 e siècle ainsi que du bouddhisme, l’exposition de Guy Laramée ne rompt aucunement avec les connaissances antérieures et ne cherche à émettre aucune critique quelconque. Et c’est bien là son intention.

Contre les idéologies du progrès, Guy Laramée ne voit aucun inconfort à s’inspirer des courants artistiques passés et, au contraire, il y voit une grande source d’inspiration. Fasciné, entre autres, par les oeuvres du peintre romantique allemand du 19 e siècle, Caspar David Friedrich, Laramée peint sur toutes ses toiles des paysages brumeux et mystérieux, rappelant l’oeuvre de Friedrich.« Je n’ai plus aucune pudeur à ce que l’on qualifie mon travail de Romantique. J’ai une histoire d’amour avec le paysage, avec les peintres du 19 e siècle et oui, avec le Romantisme. C’est une manière maladroite de retrouver la Grande Nostalgie, celle qui n’a rien a voir avec le passé », écrit Guy Laramée sur la page d’accueil de son site Internet. Alors que certains artistes pratiquent l’art engagé, Laramée croit, au contraire, que le rôle de l’artiste n’est pas de transmettre une opinion critique, mais qu’il en revient au spectateur à s’investir davantage pour interpréter les oeuvres. « Je suis contre l’idée que les artistes sont là pour penser. L’artiste est là pour nous faire se dépenser », précise-t-il.Obligeant le spectateur à fouiller pour percevoir, à travers ses paysages brumeux faits à l’aide du sfumato, l’insondable, ce dernier se voit aspirer par la contemplation. « L’intellect à trois régions, soit l’intellect, l’émotion et le concept de contemplation, avance Laramée. La 3 e voie, c’est ce que j’essaie d’explorer. Cela va plus loin que faire vivre une émotion et cela va plus loin que l’intellect. Cela va vers la contemplation. »Et il en est de même pour les livres sculptés au jet de sable desquels émergent des paysages. Avouant vivre une histoire d’amour/haine avec les mots, Laramée explique avoir eu une « odeur d’inspiration » alors qu’il a mis un livre sous une perceuse artisanale. « En le mettant dedans, j’ai tout de suite vu des paysages », poursuit-il. Et bien que ces paysages sortent tout droit de son imaginaire, Laramée maintient qu’il ne s’agit pas d’oeuvres surréalistes. « C’est fictif, mais pas surréaliste. Parce que cela n’amène nulle part. Le fictif pourrait être réel. »S’ajoute à son exposition, un diorama qui rend hommage à Friedrich et où il représente le tableau Meeresstrand im Nebel (Brouillard), réalisé en 1807 par le peintre romantique allemand. Toujours à la recherche du réel, explique Laramée, c’est l’aspect énigmatique du tableau qui le fascine tant. « Tu ne le vois presque pas. Tu le devines. Et c’est ce qui me fascine. »Sa dernière réalisation, dédiée à Guan Yin, la déesse bouddhiste de la compassion, est également intégrée à l’exposition. Créée à la suite du décès de sa mère qui est survenu après le tsunami au Japon, la sculpture a été réalisée pour rendre hommage à cette dernière. Une courtepointe faite de 500 chiffons et cousue à la main par Laramée sert de parterre à la sculpture.

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