14 décembre 2017
Remplacer la brique du Marché
« Inconcevable » – François Varin, architecte
Par: Benoît Lapierre
François Varin, architecte et expert-conseil en revitalisation socio-économique, en restauration et conservation de bâtiments

François Varin, architecte et expert-conseil en revitalisation socio-économique, en restauration et conservation de bâtiments

François Varin, architecte et expert-conseil en revitalisation socio-économique, en restauration et conservation de bâtiments, est un autre spécialiste en patrimoine bâti qui craint le pire pour le Marché public de Saint-Hyacinthe.

Celui qui a mis sur pied le réseau Rues principales (revitalisation des noyaux urbains) espère de tout cœur que la Ville renoncera à arracher le parement de brique original du bâtiment construit en 1876-1877, pour le remplacer par une brique neuve imitant l’ancienne.
« Je pense que les deux citoyens qui sont intervenus (NDLR : article du COURRIER du 30 novembre avec Raynald Therrien et Bertrand Hébert) ont tout à fait raison. Le mur extérieur du Marché n’a besoin que de réparations, qui peuvent être réalisées par n’importe quel maçon compétent. Ce qu’ils veulent faire est un saccage; c’est quelque chose d’inconcevable dans le contexte », soutient l’architecte Varin. Il est venu à Saint-Hyacinthe pour s’enquérir lui-même de l’état du Marché public et n’y a rien vu pouvant justifier le remplacement du parement.
« La Ville prétend vouloir conserver les principales composantes de son bâtiment patrimonial, mais en même temps, elle est prête à en enlever une bonne partie. C’est assez particulier d’entendre ça », s’étonne-t-il.
Bien national
Pour lui, il est indéniable que, si la Ville remplace la brique ancienne par une brique neuve, elle fera perdre à l’édifice une bonne partie de sa valeur historique. « Si on enlève les matériaux originaux, on n’a plus le même bâtiment, on perd beaucoup en authenticité. Or, des marchés publics comme celui de Saint-Hyacinthe, il n’en subsiste pas beaucoup au Québec. C’est sans doute le plus vieux en région. C’est un bien national », poursuit-il.
Il doute fort que le mur extérieur ait besoin d’un rejointoiement complet et se demande aussi si le décapage de la peinture serait nécessaire. Selon lui, le mur pourrait simplement être repeint après des réparations à la maçonnerie, puis un grattage.
« Ce n’est pas vrai que ce n’est pas faisable. En restauration, il faut respecter les chartes, comme la charte de Venise (1964). Il faut toujours que les interventions soient minimales, ce qui vaut aussi pour le Marché public de Saint-Hyacinthe, qui est un bien public important à l’échelle du Québec. Il faut que chaque intervention sur l’édifice soit justifiée. C’est sûr qu’à long terme, c’est plus payant de tout remplacer, c’est moins de troubles pour des gens qui n’ont aucune sensibilité à la conservation du patrimoine »,conclut-il.
M. Varin a œuvré durant près de 30 ans à la Fondation Rues principales et sous sa gouverne, l’organisme est intervenu auprès de plus de 300 municipalités de toutes tailles, principalement au Québec.
Auparavant, il a travaillé au sein de la division du Vieux-Québec, à la Ville de Québec, comme architecte-urbaniste responsable de la gestion des permis, du suivi des projets d’architecture et des études relatives à l’arrondissement historique du Vieux-Québec.
Il a aussi agi à titre d’architecte en restauration pour Parcs Canada, ayant notamment été architecte résident au Parc de l’Artillerie à Québec de 1976 à 1979, alors qu’il était responsable de la supervision et du contrôle de qualité des travaux de restauration. 

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