18 juin 2020
La fuite en avant
Par: Martin Bourassa

«If you can’t stand the heat get out the kitchen », dit l’expression associée à l’ancien président américain Harry S. Truman. En traduction libre, on pourrait résumer par « si vous êtes incapables de supporter la chaleur, sortez de la cuisine ».

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C’est en plein ce qu’ont décidé de faire trois administrateurs de la Société de développement commercial (SDC) du centre-ville de Saint-Hyacinthe, à commencer par la présidente Jausée Carrier. Elle a rendu son tablier à mi-chemin de son deuxième mandat de deux ans à la tête de l’organisme voué à la promotion et à la valorisation du centre-ville maskoutain. En entrevue, Mme Carrier a avancé quelques raisons pour justifier son départ précipité.

D’abord, l’impression d’avoir fait le tour du jardin, mais surtout la volonté de se concentrer sur son entreprise de traiteur, où ses énergies devront être canalisées pour sortir sans trop de mal de la crise. Mme Carrier n’a pas caché non plus que la controverse liée à la piétonnisation de la rue des Cascades avait aussi pesé dans la balance. « Je suis dans les célébrations et l’événementiel, je n’aime pas la chicane », a-t-elle déclaré à NousTV.

C’est bon à savoir, car cela ne saute pas toujours aux yeux quand on regarde son bilan. Sans le résumer à cela uniquement, on retiendra qu’elle a dû négocier le départ de l’ex-directeur général Simon Cusson à l’automne 2018 et qu’elle démissionne en pleine controverse. Cette dernière a divisé avec une rare intensité les marchands du centre-ville.

Le pire, c’est que la saga de la piétonnisation aurait pu être évitée si la SDC centre-ville et la Ville de Saint-Hyacinthe s’étaient donné la peine d’impliquer l’ensemble des marchands concernés et de les écouter. Ils ont plutôt décidé de foncer dans le tas et d’imposer leurs idées. Avec le résultat désastreux que l’on connaît. Les marchands restent divisés sur la piétonnisation et la SDC apparaît pour l’instant fragilisée par le départ de trois administrateurs. Il faudra attendre à l’assemblée générale du 30 juin pour savoir si elle en conservera des séquelles.

Mais de toute évidence, la présidente sortante n’y sera pas pour défendre la façon dont a été géré à l’interne le délicat dossier de la piétonnisation.

Les membres de la SDC devront se rabattre sur le conseiller Jeannot Caron, présenté comme le grand artisan de cette idée qui a dû être revue et corrigée par le maire Claude Corbeil. M. Caron n’a pas remis sa démission, mais sa façon de mener ce dossier a peut-être accéléré des réflexions et des départs au sein de l’exécutif de la SDC. En passant, Mme Carrier a aussi fait grand cas de son implication « bénévole » au sein de la SDC, un argument qui laisse plutôt songeur.

Le fait de s’impliquer sans salaire n’excuse pas tout et ne nous met pas forcément à l’abri des critiques ni des caricaturistes. Sur les réseaux sociaux, le jovialiste conseiller Pierre Thériault, du district Yamaska, a reproché au COURRIER d’avoir publié une caricature de Mme Carrier au plus fort de la controverse piétonne. « Cheap shot vraiment! Ça fait deux fois que vous la caricaturez dans l’eau chaude. Si moi, j’étais bénévole comme elle, je vous assure qu’il n’y aurait pas une troisième fois. » Est-ce une menace ou une incitation à démissionner? Allez savoir.

Il semble donc pertinent de faire un rappel à ceux et celles qui songent à s’impliquer sur des conseils d’administration ou à prendre la relève de Mme Carrier. Si vous souhaitez faire du bénévolat pur et désintéressé, nous vous encourageons à aller prêter main-forte au Centre de bénévolat ou à l’Hôtel-Dieu. Car contrairement à une présidente de SDC, une bénévole de l’Hôtel-Dieu n’a pas à se présenter à une assemblée générale pour se faire élire par les membres. Elle ne décide et n’impose rien, ne prépare pas de budget et n’engage aucune dépense, ne signe pas de chèques et n’est pas redevable ou imputable de grand-chose.

Sans présumer des motivations de ceux et celles qui voudront suivre les traces de Mme Carrier, il est permis de penser que certaines personnes pourraient associer un siège à l’exécutif de la SDC à l’opportunité de rejoindre une sorte de « boys club » et d’élargir leurs contacts pour gagner en estime et en visibilité dans la communauté. Certains pourraient aussi y voir une façon d’aider directement leur milieu ET une opportunité d’affaires. Ce n’est pas forcément condamnable, mais encore faut-il être prêt à assumer toutes les responsabilités et les obligations qui viennent avec un poste de gouvernance sur un conseil d’administration, surtout quand un dossier dérape autant que celui de la piétonnisation de la rue des Cascades. Il faut être prêt à s’expliquer et à défendre ses décisions auprès des membres ET sur la place publique à l’occasion. Sans lui enlever ses qualités, Mme Carrier n’a jamais semblé très à l’aise avec cette partie essentielle de son « bénévolat » à la SDC.

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