13 août 2020
Piétonnisation de la rue des Cascades
La grande leçon
Par: Martin Bourassa

Elle a fait couler beaucoup d’encre, fait dépenser bien de la salive et enflammé les réseaux sociaux. Le seul endroit où la piétonnisation de la rue des Cascades a semé l’indifférence, c’est somme toute auprès des consommateurs et des curieux.

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Ces derniers ont passablement boudé cette initiative de la Ville de Saint-Hyacinthe et de l’ancienne administration de la Société de développement commercial (SDC) centre-ville, au point où un constat d’échec s’impose à l’heure du bilan. On le répète, car nous l’avions prédit avant même que ce projet pilote de cinq week-ends allongés ne s’ébranle, ce fiasco était prévisible.

Ce n’était pas le bon moment pour tenter pareille expérience. Les conditions perdantes étaient toutes réunies, à commencer par la bisbille au sein même des commerçants divisés sur l’intérêt d’une piétonnisation en pleine pandémie. Ajoutez à cela les contraintes liées à la distanciation, aux normes sanitaires, à la sécurité incendie empêchant d’étendre les terrasses au-delà d’une certaine zone, les difficultés d’animer une rue marchande sans braderie et les aléas d’une température souvent trop chaude et trop humide aux goûts de certains. Et on vous épargne toute la question du stationnement, un sujet qui nourrit la controverse depuis toujours.

Mais la piétonnisation d’artères commerciales a fonctionné ailleurs, disent les plus convaincus. Ailleurs où? Il faut se poser la question. Pas facile en effet de comparer le centre-ville de Saint-Hyacinthe avec autre chose de semblable. Les dynamiques commerciales de Montréal, Québec, Tremblant ou Trois-Rivières n’ont que très peu à voir avec ce qui se passe chez nous à Saint-Hyacinthe.

S’il y a un point commun à tous les exercices de piétonnisation où qu’ils soient, c’est qu’ils n’ont pas fait l’unanimité cet été. Ils ont divisé partout au lieu de rassembler. Ce fut le cas à Saint-Hyacinthe et cela a même conduit à un renouvellement du conseil d’administration de la SDC centre-ville. Même qu’on a évité son éclatement et sa disparition de près. L’idée a circulé au centre-ville et il n’est pas dit qu’elle ne reviendra pas.

Le conseiller du district centre-ville, Jeannot Caron, a réussi, pour l’instant du moins, à s’accrocher à son rôle d’observateur délégué à la SDC, mais sa marge de manœuvre est restreinte. Le nouveau président de l’organisme, Stéphan Rhéaume, a ses entrées auprès du maire. Il n’a pas besoin d’intermédiaire.

À l’heure du bilan, rappelons que Le Courrier de Saint-Hyacinthe n’a jamais été pour ou contre la piétonnisation. Depuis la toute première heure, nous avons toujours tenu le même discours : la piétonnisation devrait être une affaire de marchands. Point final. Leur imposer une piétonnisation contre leur gré ne fonctionnera jamais. Pas davantage l’an prochain. Ils doivent être impliqués et considérés avec respect dès les balbutiements du processus. Il faudra s’en souvenir, car s’il n’en tient qu’au maire Claude Corbeil, prochaine fois il y aura. Espérons qu’il ait pris des notes. Voilà sans doute la grande leçon à retenir : sans la collaboration et l’implication d’une majorité de marchands, point de salut. Nos élus ont fait l’erreur de sous-estimer leur rôle et leur importance entre la réussite et l’échec de la piétonnisation.

Tant et si bien que la colère des commerçants face à cet exercice imposé en plein cœur de l’été a été d’en faire juste assez, pas davantage au niveau des heures d’ouverture des boutiques. À quoi bon se promener au centre-ville le jeudi soir ou encore le dimanche si c’est pour se buter à des portes de boutiques fermées?

Le faible niveau d’engagement ou d’enthousiasme des marchands ressortira sans doute dans le rapport que prépare Saint-Hyacinthe Technopole, mais comment pourrait-on les blâmer? Au lieu de leur compliquer l’existence en leur imposant des choses qu’ils ne souhaitent pas, nos élus devraient plutôt réfléchir, dans leur prochaine préparation budgétaire, à une façon d’améliorer leur sort. Si la Ville s’est montrée proactive et généreuse avec son programme d’aide pour attirer de nouveaux commerces au centre-ville, elle doit maintenant considérer les commerçants de longue date qui ont à cœur son essor.

L’heure n’est plus à la piétonnisation et à la division sur la rue des Cascades, mais à la réconciliation. Il y a des ponts à reconstruire et des coups de pouce à donner.

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