12 avril 2012
La mutuelle d'assurance vie en pleine métamorphose
La Survivance prend le virage « actions »
Par: Le Courrier
Richard Gagnon, président et chef de la direction de La Survivance, compagnie mutuelle d'assurance vie.

Richard Gagnon, président et chef de la direction de La Survivance, compagnie mutuelle d'assurance vie.

Profitant de sa bonne santé financière pour mieux se positionner face à la concurrence, La Survivance, compagnie mutuelle d’assurance vie, se prépare pour le grand saut: elle fera bientôt son entrée dans le groupe des sociétés à capital-actions.

« La grande nouvelle, elle est là. C’est un virage historique qu’on propose à nos membres », confirme Richard Gagnon, président et chef de la direction de La Survivance. Il a récemment exposé le grand projet aux mutualistes – les détenteurs de contrats d’assurance – à l’occasion de leur assemblée générale annuelle, leur expliquant entre autres choses que les modifications à venir n’allaient rien changer pour eux.

Mais pour l’entreprise, c’est une tout autre histoire. Le fait d’avoir accès à de nouveaux capitaux grâce aux contributions de quelques grands actionnaires lui permettra dorénavant de prendre de l’expansion en profitant d’occasions qu’elle aurait autrement laissé passer. « AXA Vie, qui a été achetée par la SSQ l’été dernier, c’est une opportunité qu’on a beaucoup regardée. Mais avant d’acheter, il aurait fallu faire toute cette transformation qui est en cours et que d’autres ont fait il y a 10 ou 15 ans. Si on veut rivaliser avec nos compétiteurs, il faut se donner les même instruments qu’eux », explique Richard Gagnon.Actuellement, La Survivance ne peut envisager une acquisition que dans la mesure où les fonds dont elle dispose le lui permettent. Comme toutes les compagnies d’assurance, La Survivance effectue des placements importants pour constituer ses réserves, mais elle ne peut puiser sans fin dans son bas de laine. À ce propos, M. Gagnon souligne que le monde des institutions financières traverse une période difficile en raison des taux d’intérêt très bas. Cette situation dit-il, complique la vie des assureurs, tout comme le vieillissement de la population, la rareté de la main-d’œuvre qualifiée, les nouvelles normes mondiales de contrôle dans l’assurance, l’impact d’Internet et des médias sociaux sur les affaires. « Nous vivons dans un environnement économique incertain. Mais à La Survivance, on continue à faire des bénéfices, et ce n’est pas pour rien: c’est parce qu’on s’était préparé à ces changements-là », affirme-t-il.

Deux compagnies

La Survivance entreprend donc une transformation en profondeur qui se traduira par la disparition de la structure actuelle au moment de la naissance non pas d’une, mais de deux nouvelles compagnies.

La première, qui portera le nom de « La Survivance, mutuelle de gestion », gèrera les actions des mutualistes et contrôlera l’autre entité, « La Survivance, compagnie d’assurance ». C’est cette compagnie à capital-actions qui fonctionnera avec la participation de nouveaux actionnaires. Des blocs d’actions seront cédés à de gros joueurs intéressés à investir dans la société – il s’agira d’investisseurs institutionnels comme la Caisse de dépôt et de placement ou le Fonds de solidarité FTQ – tout en sachant qu’ils ne pourront jamais en devenir les actionnaires majoritaires. La Survivance, compagnie d’assurance demeurera toujours sous le contrôle des mutualistes et de La Survivance, mutuelle de gestion.« Le premier mandat de la société par actions sera de générer des bénéfices aux actionnaires. Quant à la mutuelle, son rôle sera d’offrir un bon produit, de bons services et de faire suffisamment de profits pour répondre aux normes de contrôle », explique M. Gagnon.Il précise qu’une fois la transformation complétée, les mutualistes conserveront leurs privilèges actuels, c’est-à-dire le droit d’élire le conseil d’administration et celui de toucher une part de la valeur de l’entreprise en cas de dissolution.

Loi privée

Tout cela est expliqué dans l’avis de convocation à une assemblée extraordinaire des membres qui a été expédié aux 75 000 mutualistes et qui contient un bulletin de vote. Ils pourront ainsi se prononcer à l’avance sur les changements qui seront soumis à l’assemblée, le 10 mai.

Comme la restructuration doit faire l’objet d’une loi privée adoptée par l’Assemblée nationale, le temps presse. Tout le dossier sera acheminé à Québec immédiatement après le vote, s’il est positif bien sûr. Si tout se déroule comme prévu et que le projet de loi est adopté ce printemps – la session parlementaire se terminera le 8 juin -, la réorganisation sera complétée à l’automne. Évidement, M. Gagnon se croise les doigts pour qu’il n’y ait pas d’annonce d’élections dans les semaines qui viennent…Fondée en 1874 par l’entremise de l’évêque de Saint-Hyacinthe, Louis-Zéphirin Moreau, La Survivance était à l’origine une société de secours mutuel fonctionnant un peu comme une coopérative. C’est en 1938 qu’elle est devenue une véritable compagnie d’assurance, tout en gardant son statut de mutuelle. Aujourd’hui, la Survivance n’offre plus seulement de l’assurance vie: elle propose aussi de l’assurance collective et d’autres produits pour les travailleurs autonomes, dont une assurance salaire en cas de maladie ou d’invalidité. « Honnêtement, il n’y a pas beaucoup de sociétés qui se spécialisent comme nous là-dedans. »L’entreprise, avec ses 125 employés, a réalisé en 2011 des revenus bruts de 97,6 millions $ en hausse de 10,2 %, un bénéfice avant impôt de 5,2 millions $ et un bénéfice net de 3,7 millions $, en hausse de 15 %. « Nos ventes augmentent de 15 % et plus année après année. On n’aura pas de misère à trouver des investisseurs. On le sait », sourit M. Gagnon.Peu importe les changements qui se produiront bientôt, La Survivance n’est pas près de quitter Saint-Hyacinthe, ni sans doute l’édifice de quatre étages qu’elle occupe depuis 1959, rue Girouard Ouest. « Le siège social va demeurer ici », assure-t-il.

image