22 mars 2012
Stationnement du parc Les Salines
La Ville en terrain cahoteux
Par: Le Courrier

La Ville de Saint-Hyacinthe vient de retenir les services d’un expert afin de savoir pourquoi le stationnement qui a été aménagé au parc Les Salines en 2009 est aujourd’hui en si mauvais état.

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« La Ville n’est pas satisfaite des travaux. Il y a des trous à la grandeur de ce stationnement (…). Ça prend quasiment des chenilles pour aller stationner là », a déclaré lundi soir le conseiller du district Saint-Thomas-d’Aquin, Guylain Coulombe, en proposant l’octroi d’un contrat d’un montant maximal de 15 825 $ à Louis Dumont, un ingénieur-conseil de Québec. Son mandat consistera à réaliser des examens à titre de témoin expert puis à faire rapport à la Ville.

À l’issue de la séance du conseil, le directeur général, Louis Bilodeau, a indiqué qu’il n’était pas question de poursuites, du moins pour le moment. « Ça pourrait nous amener éventuellement à prendre des procédures s’il y a eu malfaçon, mais encore faut-il qu’on nous le confirme. Est-ce qu’il y a un défaut de conception, est-ce que c’était le bon produit, est-ce qu’il a été bien appliqué, est-ce que le drainage était suffisant? C’est l’expert qui va nous le dire », a indiqué M. Bilodeau.Le stationnement du parc Les Salines a été réalisé par la firme Infrastructure Rive-Sud, de Saint-Hyacinthe (IRS) en vertu d’un contrat de 1 165 404 $, à partir des plans d’un consultant, Objectif paysage, de Mont Saint-Hilaire. Outre la construction du stationnement, le mandat confié à IRS comprenait l’aménagement paysager autour du nouveau chalet, l’installation de lampadaires dans le stationnement, l’éclairage des sentiers et l’aménagement de la butte à glisser.Comme il s’agissait d’un projet « vert » dans son ensemble, M. Bilodeau a précisé que pour le stationnement, la Ville désirait autre chose que l’approche standard avec le béton bitumineux. Le consultant a donc proposé l’emploi de matériaux granulaires stabilisés.Du côté de l’entrepreneur général IRS, on confirme que tout a été fait selon les plans d’Objectif paysage. « Ils ont mal fait la conception, ils n’avaient pas les compétences pour réaliser ça. Nous avons bien prévenu la Ville des problèmes qu’elle rencontrerait plus tard », a confié Daniel Girard, administrateur de IRS. Il considère donc que c’est la Ville de Saint-Hyacinthe qui est fautive dans ce dossier puisqu’elle a persisté à vouloir appliquer un concept qui, selon lui, ne convenait pas à un stationnement public comme celui du parc Les Salines. M. Girard affirme que la Ville avait même fait endosser les plans du consultant par un bureau d’ingénieurs pour être en mesure d’aller de l’avant.Par ailleurs, Daniel Girard trouve déplorable que la Ville pénalise son entrepreneur pour des fautes qui ne sont pas les siennes. « La Ville nous doit une retenue de 5 % sur le contrat depuis août 2011. C’est 68 000 $ ou 70 000 $ dont j’ai besoin pour finir mes jobs. On se prépare à poursuivre la Ville, la mise en demeure s’en vient », assure-t-il.

Pas d’entretien

Chez Objectif paysage, une entreprise membre de l’Association des architectes paysagistes du Canada, le directeur, Alain Baillargeon, a d’abord précisé qu’il s’agissait d’un projet à caractère écologique de « gestion différenciée » qui avait été élaboré pour répondre aux attentes de la Ville de Saint-Hyacinthe sur le plan environnemental. « Il avait toutes les caractéristiques des projets qui peuvent recevoir la certification Leed. Il faut bien mettre ça en figure de proue », signale Alain Baillargeon.Il a expliqué que toute la conception visait l’atteinte de deux grands objectifs : la réduction des îlots de chaleur (utilisation d’autres matériaux que l’asphalte) et la rétention maximale de l’eau sur le site grâce à un lit de biorétention. Il s’agissait d’un concept nouveau avec lequel, dit-il, l’entrepreneur général IRS n’était pas à l’aise. « Les directives de chantier n’ont pas toutes été suivies. On se faisait souvent dire qu’un stationnement, ça ne se fait pas comme ça. Ils se sont tout de suite dressés parce que ce n’était pas ce qu’ils faisaient d’habitude », raconte M. Baillargeon. Il précise toutefois que le chantier progressait lorsque c’était M. Girard qui était au dossier, mais que les choses se passaient moins bien avec un autre représentant de l’entrepreneur.Mais selon Objectif paysage, qui avait obtenu un contrat de 68 370 $ en architecture du paysage pour l’ensemble du projet du parc Les Salines en novembre 2007, c’est le manque d’entretien du stationnement après sa conception qui est à la source du problème. M. Baillargeon souligne qu’il était entre autres primordial que les drains qui se trouvent dans le périmètre du stationnement soient nettoyés périodiquement, et notamment avant le gel hivernal. « Mais il n’y a jamais eu d’entretien, et j’avais pourtant très bien expliqué à la Ville la façon d’entretenir le stationnement. Ils avaient reçu toutes les directives, il y a une lettre qui en fait état. J’ai un classeur de large sur ce dossier », mentionne-t-il.Enfin, il a révélé qu’Objectif paysage avait éprouvé beaucoup de difficulté à obtenir la collaboration de la Ville vers la fin du projet. « J’ai tenté de joindre le directeur général, Louis Bilodeau, pour l’acceptation finale du projet, mais je n’ai jamais réussi. La dernière fois que j’en ai parlé à un représentant de la Ville, c’était à Yvan De Lachevrotière (le directeur du Service des travaux publics) qui m’a dit : « je te reviens là-dessus ». Mais il ne m’est jamais revenu », raconte Alain Baillargeon, qui dit déplorer l’attitude adoptée par la Ville. « Ils vont maintenant engager d’autres frais pour mettre la faute sur le concepteur, alors que la solution était simple : ça prenait de l’entretien », a-t-il conclu.

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