25 juillet 2013
Stationnement du parc Les Salines
La Ville victime de sa négligence, plaide Objectif Paysage
Par: Le Courrier

En ignorant les consignes qu’elle devait suivre pour entretenir correctement le stationnement du parc Les Salines, la Ville de Saint-Hyacinthe a elle-même engendré les problèmes dont elle se plaint aujourd’hui, estime l’entreprise qui a conçu les plans du stationnement.

« Le défaut de la Ville de respecter les instructions transmises par Objectif Paysage entraîne évidemment des problèmes d’accumulation d’eau, lesquels ne sont d’ailleurs sans doute pas étrangers à l’apparition des nids de poule. La Ville est donc seule responsable des difficultés engendrées par les accumulations d’eau sporadiques qui sont constatées dans le stationnement », soutient Objectif Paysage dans la défense qu’elle a déposée le 7 juin au Palais de justice de Saint-Hyacinthe.

Cette entreprise de Mont-Saint-Hilaire est poursuivie en Cour supérieure par la Ville de Saint-Hyacinthe, qui lui reproche d’avoir commis des erreurs majeures dans la conception des plans et devis du stationnement et de l’avoir induite en erreur en lui proposant un concept qui ne lui convenait pas. La Ville, qui se fait représenter dans le dossier par Me Jean-Pierre Boileau, du cabinet Sylvestre et associés, réclame 650 367 $ à Objectif Paysage, dont 560 210 $ pour la remise en état du stationnement. « Ledit stationnement est déficient, dangereux, inapproprié et ne répond nullement à l’usage et aux besoins de la demanderesse », résume Me Boileau dans la requête introductive d’instance.

Orientation verte

Rejetant la quasi-totalité des allégations de la Ville, Objectif Paysage rappelle d’abord dans sa défense que c’est en novembre 2003 que la Ville a requis pour la première fois ses services dans le cadre du projet d’aménagement du secteur sud du parc Les Salines. « C’est M. Alain Baillargeon, un architecte paysagiste d’expérience, membre de l’association des paysagistes du Québec depuis 1980, qui était en charge du projet chez Objectif Paysage », signale le procureur de la défenderesse, Me Simon Daigle, du cabinet montréalais Borden Ladner Gervais.

En septembre 2004, à la demande de la Ville, Objectif Paysage lui soumet un premier plan directeur pour le projet Les Salines, mais ce n’est finalement qu’au printemps 2007, souligne Me Daigle, qu’elle manifeste « une réelle intention » d’aller de l’avant. Elle s’adresse donc à Objectif paysage pour obtenir une mise à jour du plan de 2004 et en juin 2007, Alain Baillargeon participe à une rencontre de démarrage avec des représentants de la municipalité.« En juin 2007, la Ville prend la décision de conférer au projet une orientation verte qui doit s’inspirer des exigences LEED (Leaudership in Energy and Environmental design) afin de minimiser les impacts de sa réalisation sur l’environnement (…). Le Plan de 2007 élaboré par Objectif Paysage tenait compte de la volonté politique exprimée par la Ville pour que le stationnement soit conçu selon les standards écologiques qui permettaient de rencontrer les exigences LEED », rappelle la défenderesse.En novembre 2007, Objectif paysage obtient finalement de la Ville un contrat de 68 370 $ pour des services professionnels en paysagement dans le dossier Les Salines. Son mandat comporte trois volets : l’aménagement du stationnement, celui de la périphérie du nouveau chalet et celui de la butte de glisse.La défenderesse signale que la Ville, sur son site Web, affirme elle-même que le nouveau chalet de services du parc Les Salines « fait la fierté des Maskoutains », grâce entre autres à « la méthode « jardin de pluie » pour le stationnement : la surface est conçue avec de légères dépressions dans lesquelles sont acheminées les eaux de ruissellement de la toiture et des aires pavées, contribuant à recharger la nappe souterraine. L’eau reste donc au parc pour le plus grand bénéfice de la faune et de la flore. »À l’été 2009, durant l’exécution des travaux, Objectif Paysage accepte que les plans du stationnement soient examinés par un ingénieur afin de rassurer l’entrepreneur général, Infrastructure Rive-Sud, qui avait fait part à la Ville « de son inconfort » quant au concept retenu pour le stationnement. La défenderesse mentionne que cet ingénieur, Jacques Drouin, a conclu que « dans la mesure où la Ville de Saint-Hyacinthe est consciente que la surface proposée pour le stationnement du parc Les Salines, soit la poussière de pierre stabilisée, requiert un entretien particulier ainsi que des méthodes de déneigement adaptées et dans la mesure où elle est prête à mettre des ressources disponibles à cet entretien, la structure est adéquate et adaptée au type d’usage prévu (…). »

Mal entretenu

Mais la défenderesse soutient que la Ville n’a jamais acheté de criblure stabilisée supplémentaire pour assurer l’entretien du stationnement et n’a pas veillé à ce qu’il soit déneigé à l’aide d’une souffleuse, comme recommandé.

« Dans les faits, la Ville n’a jamais entretenu le stationnement de façon adéquate et elle a omis de se conformer aux instructions transmises par Objectif Paysage (…). Dans ce contexte, l’apparition de nids de poule lors des redoux de l’hiver 2012 était non seulement prévisible, mais également inévitable », tranche l’avocat de la défenderesse.Objectif Paysage demande au tribunal de rejeter la requête de la Ville, mais non sans la condamner à lui verser une somme de 10 045 $ correspondant à un dernier paiement qu’elle retient.Selon la Ville, Objectif Paysage a obtenu en tout 101 237 $ en honoraires pour le projet Les Salines.

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