26 janvier 2017
La Yamaska comme lieu de loisir (2)
Par: Le Courrier
Léo-Paul Robert, président du Club Maska, est sixième en partant de la gauche. À l’arrière, le camion-citerne ayant servi au transport des poissons dans la nuit du 23 au 24 avril 1957.   Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, CH116.

Léo-Paul Robert, président du Club Maska, est sixième en partant de la gauche. À l’arrière, le camion-citerne ayant servi au transport des poissons dans la nuit du 23 au 24 avril 1957. Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, CH116.

Dans le dernier article, nous avons fait une recension partielle des lieux de loisir sur la Yamaska au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Nous y mettons en lumière la relation qui unit la population de la grande région de Saint-Hyacinthe avec sa rivière. Le présent article a pour objectif de saisir la réaction des Maskoutains face à la contamination du cours d’eau où ils pratiquent leurs activités récréatives.

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Les différents usages de la rivière – sanitaire, industriel et récréatif – se confrontent de plusieurs façons durant les décennies d’après-guerre. Par exemple, le marathon de nage qui se déroule depuis 1964 sur les eaux de la Yamaska en face de la Porte des anciens maires est abandonné en 1971. L’organisateur de cette compétition, le sportif Gérard Côté, soutient que les « … nageurs devenaient de plus en plus réticents à l’idée de disputer une épreuve de longue haleine dans une rivière polluée comme peut l’être la Yamaska ». Des « régates » viennent remplacer l’évènement de natation.

Clubs de chasse et pêche

Les premiers à se saisir du problème de pollution fluviale sont les membres de regroupements sportifs comme le Club de Chasse et Pêche Maska (Club Maska) et celui d’Acton Vale-Bagot (Club AVB). Selon Michèle Dagenais, c’est à cette époque qu’émerge la réflexion sur la nécessité de protéger les milieux naturels. « Ce sont les associations de pêcheurs et de chasseurs qui sonnent la charge, car préoccupées par l’état des ressources halieutiques et des cours d’eau dans les agglomérations urbaines où nombre de leurs membres s’adonnent à leurs loisirs. »

Mme Dagenais soutient également que la mobilisation de ces regroupements de sportifs contribue à « … élargir la notion courante de nature, jusque-là pensée comme sauvage et éloignée des milieux habités… ». À juste titre, rappelons ici une des conclusions du précédent article, c’est-à-dire qu’une majorité de Maskoutains pratiquent leur activité récréative près de Saint-Hyacinthe.

En 1944, les dirigeants du Club Maska s’interrogent sur ce qui a bien pu causer la mort de plusieurs milliers de poissons en aval de Saint-Hyacinthe. Ils s’intéressent entre autres à une enquête effectuée à ce sujet par l’Office de biologie du Québec. Quelques années auparavant, une situation similaire se produit. Les journalistes du Courrier de Saint-Hyacinthe rapportent les faits dans l’édition du 9 août 1940 : « Les alentours étaient littéralement empestés et l’on craignait pour la santé des riverains. C’est par pleins camions que le poisson mort a été retiré de la rivière, et l’on estime les pertes à plusieurs tonnes. »

C’est à la suite de tels évènements que les autorités gouvernementales commencent à s’intéresser davantage aux effets de la pollution sur la faune. Durant la période d’après-guerre, une volonté de restaurer le cours d’eau se met en place. Par exemple, quelques études orchestrées par les chercheurs Vadim D. Vladikov et Gustave Prévost, de l’Office de biologie, abordent la rareté de certaines espèces de poisson dans la rivière.

L’Office sollicite alors la collaboration des membres des différentes associations de pêcheurs de la région pour que ceux-ci remettent aux scientifiques les spécimens pêchés qui sont à l’étude, comme le maskinongé et la lamproie. La collaboration entre les pêcheurs et les biologistes vise à favoriser la comptabilisation de résultats qui serviront à assurer « la conception de mesures efficaces de conservation et de repeuplement » de la rivière.

Des années 1940 jusqu’aux années 1970, les clubs de chasse et pêche entreprennent plusieurs gestes visant à faciliter la prolifération d’espèces sportives de poisson. Par exemple, le Club Maska participe au milieu des années 1940 à l’érection d’une passe migratoire dans le barrage de la Penman’s.

L’ensemencement du bassin de la Yamaska est une autre des initiatives entreprises par les clubs de pêche. Cette pratique est toutefois faite en collaboration avec les agents de l’Office de biologie et du Service de protection de la faune. Entre 1956 et 1970, les clubs Maska et AVB collaborent ainsi à l’introduction de près de 130 000 alevins et petits poissons de différentes espèces dans les eaux du bassin de la rivière Yamaska.

En somme, le cas des clubs de chasse et pêche expose le lien qui peut unir les Maskoutains à la Yamaska et montre le début d’une certaine prise de conscience de la dégradation de l’environnement.

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