12 juillet 2012
Chronique de la dérive douce
L’acclimatation et l’étranger
Par: Le Courrier
<em>Chronique de la dérive douce</em>, Dany Laferrière, Boréal, 2012, 209 p.

Chronique de la dérive douce, Dany Laferrière, Boréal, 2012, 209 p.

D’abord publié en 1994, Chronique de la dérive douce est le premier « roman du Québec » de Dany Laferrière. Inaugurant le dialogue entre l’enfant du Sud et la terre du Nord, ce roman souligne l’incertitude et la crainte que vit celui qui arrive dans un nouveau pays, dans une nouvelle vie. Dix-huit ans après sa publication, l’auteur livre une nouvelle version de cette oeuvre, remaniée et bonnifiée.

publicité

En miroir de L’énigme du retour, publié en 2009 et récipiendaire du prix Médicis, Prix des libraires du Québec et Grand Prix du Québec, Chronique de la dérive douce est, comme le souligne son auteur « l’énigme de l’arrivée ». Alors que L’énigme du retour raconte l’histoire d’un homme qui retourne dans son pays natal, Haïti, trente-trois ans après l’avoir quitté, Chronique de la dérive douce raconte l’histoire d’un jeune narrateur haïtien de vingt-trois ans qui débarque à Montréal en 1976 pour fuir la dictature dans son pays natal.

Écrit sous forme de prose détachée, tout comme L’énigme du retour, Chronique de la dérive douce est un roman accessible à tous les lecteurs. La lecture se fait rapidement, mais attentivement. Écrit au présent, le livre est imprégné des premiers moments du narrateur dans une nouvelle ville, avec de nouvelles personnes et une nouvelle culture. L’histoire s’échelonnant sur un an, au cours de l’année 1976-1977, le jeune Haïtien « encore vaguement puceau » découvre une ville en pleine effervescence olympique et une société avec les mêmes sujets de réflexion que dans son pays d’origine, tels que l’amour et la sexualité, la richesse et la pauvreté ainsi que la solitude et la fraternité, mais selon une ordonnance complètement différente.Bien qu’il s’agisse de l’année d’entrée au pouvoir du Parti québécois, Dany Laferrière ne s’attarde pas à la politique dans ce livre, mais bien uniquement à la société dont le personnage tente de comprendre et de s’intégrer. Tout comme son personnage, Dany Laferrière a quitté Haïti par crainte pour sa vie. Arrivé à Montréal en 1976, celui qui travaillait alors comme journaliste voit sa vie complètement ébranlée et occupe plusieurs petits emplois avant de se consacrer à l’écriture. Trente-cinq ans après, l’auteur explique dans le cadre d’une entrevue réalisée par sa maison d’édition, avoir voulu revenir sur ses premiers pas pour voir si son regard avait changé. Dans ce nouveau livre, il y mêle donc les premières impressions et les expériences de vie des 35 dernières années, mais tout en gardant l’élan premier.Écrit avec naïveté, mais aussi beaucoup de lucidité Chronique de la dérive douce est empreint d’humour et de sensibilité à toute petite dose. Plongeant le lecteur dans l’intimité et les pensées de son personnage, le livre nous invite à prendre le temps de savourer l’instant présent, du moins, celui qu’a vécu Dany Laferrière le temps de l’année 1976.

image