29 décembre 2011
Le dérapage
Par: Martin Bourassa

Réglons d’abord une chose, le nouveau centre aquatique de Saint-Hyacinthe est très beau, très réussi, même si au niveau de son allure extérieure et de son architecture, il est somme toute assez banal.

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Réglons d’abord une chose, le nouveau centre aquatique de Saint-Hyacinthe est très beau, très réussi, même si au niveau de son allure extérieure et de son architecture, il est somme toute assez banal.

Au point de vue financier, c’est une tout autre affaire. Dans l’un des pires communiqués qu’il m’ait été donné de lire en 20 ans, la Ville fait état d’un « bilan financier positif pour un projet exceptionnel ». Mais ne vous laissez pas distraire. Il n’en est rien. Au niveau budgétaire, il est beaucoup plus juste de parler d’un échec lamentable. Point à la ligne. Si jamais vous avez du temps à perdre d’ici le réveillon, je vous invite à vous rendre sur le site Internet de la Ville afin de lire le communiqué du 20 décembre. Si vous avez reçu une calculatrice à Noël, c’est encore mieux.Vous risquez cependant de faire une indigestion de phrases creuses.Mais ceux qui n’ont pas la mémoire défaillante se souviennent qu’aux premiers balbutiements du projet, on rêvait d’un centre aquatique d’environ 24 M$ qui aurait permis de régler l’ensemble de nos problématiques sportives. À la piscine devaient s’ajouter différents plateaux sportifs pour d’autres disciplines en mal d’espaces.Mais comme on doutait de notre capacité à obtenir des subventions et à convaincre les Maskoutains d’assumer leur part sur un projet de cette envergure, on a coupé dans le gras et réduit le centre aquatique à sa plus simple expression, soit à 15,9 M$, ce qui était déjà pas mal d’argent si l’on considère ce que l’on devait remplacer.À l’exemple du centre des arts, on devait mener ce projet rondement, en tenant les rênes fermement. On répétait alors qu’on ne devait dépasser le budget initial et que l’argument de l’échéancier serré ne pourrait être évoqué en guise d’excuse.On a en cours de route rehaussé le projet et le budget à 18,3 M$ pour les besoins du règlement d’emprunt. Puis, en juin, la Ville a organisé spontanément une conférence de presse pour faire le point sur le dossier. Dès ce moment, j’ai flairé l’arnaque.Cinq mois avant la fin des travaux, oui cinq mois, on mettait déjà la table à un dépassement de 1 M$. Mais tous ceux qui ont déjà rénové une cuisine ou une salle de bain savent pertinemment qu’il est risqué de chiffrer l’investissement requis tant que le dernier coup de marteau n’a pas été donné.Alors, imaginez pour un centre aquatique. C’est pourtant ce même chiffre de 19 M$ qui a été répété ad nauseam dans tous les communiqués et les bilans de la Ville de Saint-Hyacinthe depuis l’inauguration début novembre. Même la semaine dernière, au moment de l’adoption du budget 2012, le maire Bernier le répétait haut et fort. C’était la veille d’une conférence de presse à laquelle il n’était pas présent. Dommage, car il aurait appris que son centre aquatique a déjà coûté 21,2 M$. Pire, que des dépenses s’ajoutent encore.Celles-ci ont donc bondi de 2 M$ en l’espace de cinq mois! Et la Ville refuse d’y voir un dérapage quelconque, alors que c’est pourtant une évidence. Le pire, c’est que si Le Courrier n’avait pas demandé des comptes à l’administration municipale, jamais vous n’auriez eu l’heure juste sur les coûts de ce projet, puisque les dépassements seront assumés à même le budget de fonctionnement de la Ville.On aurait continué, et on continuera sans doute, de vanter les mérites du centre aquatique de 19 M$, alors qu’en réalité il risque de couter 2,5 M$ de plus que le budget révisé en juin ou près de six millions de plus que le budget annoncé lors de la conférence de presse de février 2010. Attendons de voir la facture dans six mois!En résumé, les Maskoutains ont maintenant accès à une installation de 21,2 M$ qui ne sert qu’à la baignade et à loger les fonctionnaires du service des Loisirs.C’est très cher payé si l’on considère qu’il faudra dépenser encore plusieurs millions de dollars pour loger convenablement d’autres organismes sportifs d’ici peu.Une réussite exceptionnelle que tout cela? Non, certainement pas à ce prix.En suivant la logique comptable de la Ville, j’aimerais qu’on nous indique, factures à l’appui, combien a réellement coûté le Centre des arts Juliette-Lassonde et combien coûtera précisément le réaménagement du couvent de la Métairie.En tout cas, ne vous fiez plus aux communiqués de la Ville pour avoir l’heure juste.

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