19 mars 2020
Le milieu communautaire en mode action
Par: Olivier Dénommée

L’équipe et les bénévoles de la Moisson maskoutaine s’activent à remplir des sacs de denrées qu’ils remettent ensuite au Centre de bénévolat de Saint-Hyacinthe pour combler les besoins alimentaires d’urgence. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Le Centre de bénévolat de Saint-Hyacinthe est prêt à accueillir les personnes ayant besoin de dépannage alimentaire toute la semaine dans la cour de l’Accueil fraternel (sur la rue Robert). Photo Facebook

La pandémie de COVID-19 bouscule le quotidien d’un peu tout le monde depuis la semaine dernière et celui du milieu communautaire n’a pas été épargné : comme la majorité des bénévoles et des bénéficiaires sont des personnes âgées ou à risque, plusieurs services sont temporairement compromis. Heureusement, des solutions ont été trouvées pour éviter de laisser à elles-mêmes les personnes déjà vulnérables.

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Le Comptoir-Partage La Mie, qui offre chaque mercredi une épicerie à prix modique pour les personnes démunies depuis 20 ans, n’a pas eu le choix d’annoncer la fin de ses activités au moins jusqu’au 1er avril. « On accueille 200 personnes par semaine, qui attendent en file et qui manipulent les denrées. On a beau tout désinfecter pour mettre les chances de notre côté, le risque de transmission demeure très élevé et on ne pouvait pas prendre de chance », reconnaît la directrice générale, Cécile Baillargeon, qui admet que c’est la première fois qu’une crise force la fermeture du Comptoir-Partage.

Plusieurs services ont également été affectés du côté du Centre de bénévolat de Saint-Hyacinthe (CBSH), comme le transport médical, la popote roulante (sauf exception), le magasin Les Trouvailles de l’Abbé Leclerc, les visites amicales et la clinique d’impôt qui seront suspendus jusqu’à nouvel ordre. « Nous avons appliqué des mesures significatives en tenant compte de deux critères et recommandations gouvernementales, c’est-à-dire limiter les déplacements et [tenir compte de] l’âge des bénévoles, dont la majorité des nôtres est de 70 ans et plus », a commenté Yvan Pion, responsable des communications au CBSH.

Sa directrice générale, Marie-Élaine Morin, se fait rassurante en ajoutant que, malgré les conséquences de la COVID-19, le CBSH ne laissera pas tomber le volet alimentaire de son offre de services. C’est pourquoi une trentaine de personnes bénéficieront toujours de la popote roulante, que le dépannage alimentaire aux familles est maintenu et qu’une nouvelle installation extérieure a été ajoutée à l’Accueil fraternel (soupe populaire) pour mieux accueillir les personnes qui bénéficient de ce service quotidien.

La Moisson maskoutaine en renfort

Pour aider à contrer la fermeture temporaire du Comptoir-Partage La Mie, les services s’organisent pour répondre aux besoins essentiels des plus démunis : la Moisson maskoutaine et le Centre de bénévolat collaborent étroitement depuis le début de la semaine pour préparer et remettre des sacs de denrées à des personnes et des familles bénéficiaires. « On fera le nécessaire pour répondre et s’adapter à la demande du Centre de bénévolat. Les gens ne pourront pas choisir ce qu’il y a dans leur sac, mais ils auront de quoi subvenir à leurs besoins », note la directrice générale de la Moisson maskoutaine, Claudine Gauvin.

Les premiers sacs ont été remis mardi après-midi au CBSH, puis redistribués à quelques familles, mais les organismes redoutaient particulièrement une affluence accrue de personnes mercredi, date où les habitués du Comptoir-Partage qui n’ont pas reçu l’information ont pu se heurter à une porte fermée. « Nous avons modifié les heures d’ouverture de l’Accueil fraternel pour accommoder tout le monde. Les gens seuls peuvent venir du lundi au vendredi de 10 h à 13 h pour un repas chaud à emporter. Puis, de 13 h 30 à 16 h, nous nous occupons des familles », explique Mme Morin.

Incertitude

Pour le moment, il n’est question que d’une fermeture temporaire de certains services communautaires, mais personne n’est en mesure de prédire combien de temps cela durera. L’incertitude était palpable dans leur voix. « En ce moment, nous avons la chance de ne pas manquer de denrées parce que des événements ont été annulés et les organisateurs ont fait don de la nourriture plutôt que la gaspiller. Espérons que nous n’aurons pas de pénurie dans les prochaines semaines », lance Mme Gauvin.

De son côté, Cécile Baillargeon espère être en mesure de rouvrir les portes du Comptoir-Partage le 1er avril, redoutant les répercussions sur sa clientèle vulnérable. « On va évaluer la situation dans deux semaines. On a pensé à des pistes de solution si jamais ça s’étire, mais ça va nous prendre des bras », estime-t-elle.

Au CBSH, on voit la crise actuelle comme une « occasion de réfléchir à l’importance de l’engagement bénévole dans nos sociétés » et une preuve de la pertinence irréfutable du communautaire pour minimiser les conséquences sur les plus démunis. Toutefois, l’organisme voit ses revenus grandement affectés par la suspension de plusieurs de ses services et espère que les Maskoutains qui le peuvent feront une contribution sur son site (cbsh.ca) pour l’aider à poursuivre sa mission en cette période cruciale. « On reste sur la première ligne et on rassure la clientèle que nos services essentiels continuent. Pas le choix, la vie continue », conclut Marie-Élaine Morin.


La banque alimentaire du CEM toujours ouverte

Un peu en réponse à la fermeture temporaire du Comptoir-Partage La Mie, le Centre d’Entraide Maskoutain (CEM) a rappelé en début de semaine que son comptoir alimentaire situé au 405, boulevard Laurier demeurait ouvert et était prêt à dépanner les Maskoutains qui peinent à joindre les deux bouts en leur offrant une épicerie complète pour 12 $. Les inscriptions à la banque alimentaire du CEM débutent à 15 h 30 et la distribution se fait le vendredi à partir de 16 h 30. Ceux qui désirent faire un don, autant de leur temps, de leur argent ou de leurs denrées peuvent contacter Bernard au 450 278-5897.

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