24 octobre 2019
Le premier maire de Saint-Hyacinthe… un grand exilé!
Par: Le Courrier

Emplacement de la tombe de Louis-Antoine Dessaulles dans le cimetière de Pantin à Paris. Photo collection André A. Bourgeois. En médaillon : portrait de Louis-Antoine Dessaulles, collection Centre d’histoire : CH 478

Louis-Antoine Dessaulles était l’aîné des enfants survivants de l’union de Jean Dessaulles, quatrième seigneur de la seigneurie de Maska, et de Marie-Rosalie Dessaulles née Papineau, sœur de Louis-Joseph Papineau, chef du Parti patriote.

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À la mort de son père en 1835, il hérita de la seigneurie de Saint-Hyacinthe. Sa mère administra la seigneurie jusqu’à sa majorité en 1839. Selon les chroniques maskoutaines de Gérard Parizeau, par testament, Jean Dessaulles avait laissé la seigneurie à son fils Louis-Antoine, en le chargeant « de remettre les deux tiers de la juste estimation du domaine à son frère Georges-Casimir et à sa sœur Rosalie-Eugénie, par parts égales ».

Dans sa jeunesse, il côtoya son oncle. Il appuyait entièrement ses idées et le suivit en exil aux États-Unis et en France où il devint un fervent admirateur des écrits de Félicité-Robert de La Mennais, dont « Les affaires de Rome » publié en 1836. Yvan Lamonde écrivait en 1994 : « à la suite de cette lecture, Louis-Antoine saisit bien l’opposition papale à la liberté de conscience ». Son indignation se poursuivra jusqu’à sa mort.

En 1849, lors de l’incorporation en village, que l’essor démographique justifie, il est seigneur depuis 1839, il en devient le premier maire, et ce, jusqu’en 1857. En 1850, Saint-Hyacinthe devint ville. Louis-Antoine présida aussi la Société Saint-Jean-Baptiste et fonda l’Institut canadien de Saint-Hyacinthe, sur le modèle de celui de Montréal, où il avait présenté plusieurs conférences.

Cet institut subit la condamnation de Mgr Bourget de Montréal en 1858, ainsi que celle de Rome en 1869. D’après Yvan Lamonde, les écrits de Louis-Antoine, « Les doctrines pernicieuses », furent mis à l’index. À partir de ce moment, Dessaulles creuse un immense fossé entre lui et le clergé.

Pour lui, l’infaillibilité du pape, la puissance des évêques et tout l’ultramontanisme doivent être dénoncés. Au cours de cette époque, il publie plusieurs articles dans différents journaux. Son combat pour les valeurs libérales s’effrite avec la fin de l’Institut canadien où il peut présenter ses conférences percutantes. En 1874, il est considéré par Edmond Lareau, comme « le plus illustre représentant, le chef actuel de l’école libérale du Canada ».

Louis-Antoine ne connut pas que le conflit avec les ultramontains; il eut à affronter ses ennuis financiers. Il dépensa beaucoup dans les journaux, fut aussi victime de son train de vie et perdit dans ses investissements ferroviaires. C’est ainsi qu’il dût vendre sa seigneurie. Robert Jones s’en porta acquéreur. La fontaine en face du marché public de Saint-Hyacinthe nous rappelle ce dernier.

Le 28 juillet 1875, il quitte le Québec pour les États-Unis. Son gendre Frédéric-Liguori Béique est le premier à apprendre son exil. En septembre, il l’informe de son départ pour la Belgique voulant ainsi éviter à sa famille le déshonneur de sa déroute et refaire ses finances grâce à de nombreux projets. En février 1878, il s’installe à Paris. En exil, il continue à écrire à sa fille Caroline. Ce lien lui est indispensable, car jusqu’à sa mort, c’est son gendre qui assurera son existence. Le 4 août 1895, Dessaulles décède à Paris et est inhumé au cimetière de Pantin.

En octobre 2017, étant en voyage à Paris, je me rendis sur sa tombe comme précisé dans la bibliographie d’Yvan Lamonde. Les archivistes du cimetière me précisèrent le même emplacement. Je m’y rendis et m’y fit photographier. On voit qu’à la concession 43, 1re division, 16e rangée du cimetière de Pantin, il n’y a aucune pierre tombale ou épitaphe. Notre premier maire y repose dans le plus grand anonymat.

André A. Bourgeois, membre du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe

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