28 novembre 2013
L’écologiste qui avait besoin d’une raison (première partie – le dilemme)
Par: Le Courrier
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Je suis dans la cinquantaine, j’ai une bonne job, ça fait 10 ans que je mets en réserve des jours de vacances. J’ai une curiosité sans bornes envers les paysages et les communautés d’autres pays, j’ai transmis cette passion à ma fille à qui j’ai promis, il y a plus de 15 ans, que nous découvririons le monde ensemble. Le dollar canadien me donnait un très bon pouvoir d’achat, ma fille était professionnellement disponible (lire entre deux jobs), j’avais épargné suffisamment d’argent pour ne pas m’endetter… Bref, tout concordait pour nous payer le rêve de notre vie : un voyage au pays des Kiwis.

Et pourtant, j’étais déchiré. Déchiré par le fait que je faisais des efforts depuis plus de 30 ans pour réduire mon empreinte environnementale et que, d’un seul coup, j’allais contrebalancer plusieurs années d’efforts. En effet, j’ai commencé à utiliser le bac bleu depuis sa création à Montréal. J’ai adopté le principe « tu ne peux polluer avec ce que tu n’achètes pas » depuis le milieu des années ’70 et j’ai fait mon compost dès 1987. Merci Saint-Hyacinthe de maintenant le faire pour moi. De plus, l’été, je vais au travail en vélo et année après année, je participe au Défi Climat. En fait, mon empreinte carbone est inférieure à 2.0 tonnes de CO2 par année, alors que la moyenne canadienne dépasse les 6 tonnes par habitant. Et pourtant je ne pouvais m’empêcher de calculer combien de CO2 serait généré par ce voyage à l’autre bout de la planète : 4 755 kg pour nous rendre et 4 210 pour revenir (on avait le vent en proue à l’aller et en poupe au retour), sans compter les 1 400 kg de CO2 pour la location du véhicule pour parcourir le pays : un beau total de 10 365 kg de CO2 générés juste pour un « trip » de personnes voulant « voir » l’autre bout de la planète. Est-ce que je pouvais encore me considérer comme un défenseur de l’écologie après une telle abomination? En fait, la vraie question est : la société accepte-t-elle qu’un écolo puisse polluer un tant soit peu? En fait, tout le monde sait que les médias polarisent le débat. Ils ont besoin de tout ramener à deux états : ou bien tu es parfait et tu vas au ciel ou bien tu fais une faute et tu vas en enfer. Et ils font leur « une » des moindres écarts de conduite. « Ah ah, j’ai trouvé un écologiste qui possède une voiture, qui mange de la viande et qui n’achète pas toujours local : il doit être envoyé en enfer ». Malheureusement, c’est comme pour l’avortement ou la peine de mort, dans certaines conditions on devrait y avoir droit et dans d’autres pas. En fait, la question est : si c’était ta mère ou ta fille qui avait fauté, l’enverrais-tu en prison (ou en enfer) pour ça? Et si tu appliques le principe du « mais pour elle ce n’est pas pareil », alors comment peux-tu lapider l’écologiste imparfait? Ne serait-il pas préférable de considérer que l’écologiste est un messager qui te dit que de continuer dans cette direction est dangereux pour TA survie à long terme? Pourquoi ne pas le considérer comme quelqu’un qui t’avise d’un possible problème plutôt que comme un extrémiste? L’écologiste n’est qu’un messager, il n’en tient qu’à toi d’interpréter correctement son message. Comment ai-je répondu à ce dilemme? À suivre dans la prochaine chronique.

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