9 avril 2015
L’économie contre l’écologie?
Par: Le Courrier
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Bien que les mots écologie et économie aient la même racine étymologique, ­comment pouvons-nous expliquer que ces valeurs soient si souvent en opposition?

C’est que l’économie a perdu son ­­­sens ­originel. En effet, avant l’ère industrielle, ­l’économie avait pour motivation la ­subsistance. Par la suite, l’industrialisation a conduit la production à dépendre de ­l’apport d’un capital pour financer les outils de travail, d’où l’avènement du rôle crucial des institutions financières et donc de ­l’endettement comme moteur de ­l’économie. Depuis les années 1990, cette « financiarisation de l’économie » a pris des proportions exorbitantes, à cause de la ­mondialisation et à cause de l’invention des produits financiers dérivés par lesquels faire de l’argent est devenu une fin en soi.

Conséquences de tout cela : création de besoins artificiels pour stimuler la surconsommation, des produits vite remplacés, pour lesquels le concept « d’obsolescence programmée » a été inventé. Aussi, on assiste à la délocalisation des entreprises et aux pressions qu’elles exercent pour réduire les normes fiscales et environnementales tout en effectuant des restructurations qui ­s’accompagnent de licenciements massifs.

C’est un combat permanent entre les ­syndicats, les groupes de pression (écologistes ou autres) ainsi que les différents ­paliers gouvernementaux entre eux.

Ce combat découle de l’indispensable et sacro-sainte croissance de ce qu’on appelle maintenant l’économie, ceci pour satisfaire le besoin de toujours plus d’argent et qui entraîne le saccage de la Planète.

Ce qui empêche d’arrêter ce saccage, c’est l’intérêt d’une élite à maintenir un système économique basé sur une croissance sans limites. Sans les rouages toxiques du ­système actuel qui consistent à accumuler des actifs financiers par la création de dettes, cette élite perdrait ses privilèges. Pourtant, il ne s’agit pas de jeter le bébé avec l’eau du bain, car ce système encourage l’innovation et c’est certainement le côté ­positif dont nous avons le plus bénéficié.

Le défi que nous avons à relever en ce XXIe siècle est d’apprendre à donner de la valeur aux richesses indispensables à la vie, telles que la santé de l’eau et des ­espèces incluant l’humain, sans ­considération de la rentabilité financière. ­L’avertissement nous est lancé depuis plus de 40 ans, alors que des scientifiques déposaient un rapport pour alerter les ­dirigeants de la Planète sur les limites d’un système basé sur la croissance ­infinie. Depuis, ce rapport a donné suite à plusieurs Sommets de la Terre, mais nos dirigeants semblent impuissants à nous sortir de l’impasse.

Sans remplacer la notion de PIB, il y aurait lieu d’ajouter un nouvel indice, qui refléterait davantage les aspirations réelles de l’être humain contrairement à la poursuite ­incessante de l’accumulation des richesses ­matérielles.

C’est ce que nous propose le petit pays du Bhoutan, qui a décidé d’en finir avec « La ­dictature du PIB » et de la croissance ­économique à tout prix, en proposant ce nouvel indicateur de richesse : Le Bonheur National Brut (BNB). Nos sociétés auraient tout intérêt à suivre cet exemple.

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